Page d'accueil Événements Festival du Nouveau Cinéma Gabriel and the mountain: le tombeau d’un mariole

Gabriel and the mountain: le tombeau d’un mariole

Gabriel and the mountain: le tombeau d’un mariole 3.0
24
0
Note de l'auteur
Filmant une nature silencieuse face au chaos orchestré par le tempérament exaltant de Gabriel, Fellipe Barbosa brosse un portrait tendre, néanmoins critique, de son ami dont l'arrogance juvénile peut irriter.
NOTE DU LECTEUR

Dans le cadre du Festival du Nouveau CinémaFellipe Barbosa est venu présenter son deuxième film, Gabriel and the mountain, vibrant témoignage à son ami disparu en 2009 et pourtant si présent dans le cœur de son auteur. Pour lui rendre hommage, il  reconstitue fidèlement les 70 jours précédant sa mort, entre fiction tendre et documentaire étayée en 4 chapitres.

Avant de poursuivre ses études dans une prestigieuse université américaine, Gabriel voulait découvrir le monde. Son périple amorcé en Asie le conduira jusqu’au Malawi, sa dernière destination. Ayant abandonné son guide en chemin, son entêtement le poussera à gravir en une journée le mont Mulanje, où il mourra d’hypothermie à 28 ans. Dès les premières minutes du film, le réalisateur ne joue pas sur l’attachement du spectateur au personnage principal, balayant tout effet de suspense inopportun. Présageant une fatalité inexorable, la caméra en plongée suit deux hommes fauchant des herbes jusqu’à la découverte de la dépouille de Gabriel. Il est là, inerte, le corps lové sous une roche, dans un linceul bucolique que la nature vient rendre apaisant. Pendant un instant, Gabriel ne court plus après le temps. C’est dans ce seul plan empreint de poésie que se dessine sous nos yeux toute l’affection du metteur en scène pour son ami.

Au début de la projection, on se questionne sur la crédibilité d’un tel projet. Il faut dire que l’idée de départ, bien que séduisante, peut rapidement s’avérer périlleuse. En effet, le cinéaste aurait pu se laisser emporter par l’émotion et par le souvenir idéalisé de Gabriel. Il n’en est rien. Barbosa brosse un portrait tendre, néanmoins critique, de son ami dont l’arrogance juvénile peut irriter. Il peut être capricieux et impulsif, mais aussi dans le partage en train de jouer au soccer avec des enfants du coin. Véritable boule d’énergie, le jeune homme aime être au centre de l’attention , quitte à blesser les gens qui l’entourent, particulièrement Cristina, sa copine, venue le retrouver une partie du séjour. Du Kenya à la Tanzanie, en passant par la Zambie et le Malawi, Gabriel s’acclimate vite aux coutumes et traditions des différents pays qu’il visite. Il se lave en utilisant une bassine d’eau froide, marche avec un bâton massaï et des sandales faîtes de pneu découpé tout en arborant fièrement l’habit traditionnel. Cependant, il le porte pour générer de la sympathie, explique-t-il à son amie, ce qui lui confère un côté calculateur annihilant toute démarche sincère d’intégration. Pour lui, pas question de se faire appeler Mzungu (l’homme blanc), ne souhaitant pas être assimilé au tourisme de masse (il préfère qu’on dise le Mzungu brésilien), et pourtant, il n’hésite pas à utiliser ce terme local pour attirer l’attention d’un chauffeur de poids lourd et ainsi obtenir un moyen de transport gratuit. Bourré de paradoxes entre son idéalisme et son intérêt personnel, Gabriel chante avec les villageois, partage des repas, parfois même un lit. Il en n’oublie pas pour autant de se mettre en scène en prenant de nombreuses selfies qui matérialisent son voyage.

Gabriel and the mountain
Crédit photo : Condor

« Faire ce film, c’était une rencontre, j’avais l’impression qu’il me regardait » nous raconte Fellipe Barbosa après la projection. Et quelle rencontre quand on sait que Gabriel et lui se connaissaient depuis leurs études au Brésil ! Sans trop de difficultés, le réalisateur a ainsi obtenu l’autorisation de la famille pour retranscrire avec précision les derniers moments marquants de la vie du défunt, notamment grâce aux photos et au carnet de voyage retrouvés dans ses affaires. De fait, il a redécouvert son ami qu’il pensait connaître à travers le regard d’inconnus croisés le temps d’une randonnée, d’un souper, voire d’une nuitée. Entre documentaire et fiction, la préparation du tournage n’a pourtant pas été sans peine car il a fallu retracer toutes ces personnes avec qui le jeune homme avait lié contact. Dans un réel souci du détail, elles incarnent leur propre rôle faisant de João Pedro Zappa (Gabriel) et Caroline Abras (Cristina) les deux seuls acteurs professionnels du métrage. En outre, la voix off des villageois vient ponctuer le film et l’habiller d’un ensemble authentique qui sied à la personnalité éclatée et colorée de Gabriel, à l’instar de ses tenues vestimentaires. Également présent dans la salle ce soir-là, Fabio (un ami de Fellipe Barbosa visiblement ému par l’œuvre) nous a confié qu’il a appris ce que c’est d’être libre et tendre envers les autres grâce à Gabriel. Quitte à être égoïste, ce dernier n’avait pas peur de vivre à la recherche du bonheur, scrutant la beauté dans les moindres gestes et situations du quotidien qu’il se plaisait à photographier.« Il est parti pour un autre voyage » , nous dit-il.

À lire aussi: The Florida Project

Malgré une fin inéluctable appuyée par des métaphores visuelles (flèche, grotte assombrie), le metteur en scène arrive à égrainer quelques notes d’humour bien senties au moyen de selfies surréalistes et d’une partie de chasse pleine de légèreté. Avec Gabriel and the mountain, il tenait à s’éloigner d’Into the wild, une œuvre de Sean Penn plus métaphysique et absconse. Il y arrive non sans peine, filmant une nature silencieuse face au chaos orchestré par le tempérament exaltant de Gabriel. Toujours en train de courir après les gens, après l’argent, il semblait fuir la mort qu’il sentait arriver. Dorénavant, il ne court plus après le temps.

(24)

Incrivez-vous à notre infolettre!
Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
Nous détestons les spam. Votre adresse courriel ne sera pas vendue ou partagée avec quelqu'un d'autre. Promis!
Alexandre Blasquez Passionné par les images depuis son plus jeune âge, c’est grâce à ses études en cinéma, de Bordeaux à Montréal, qu’Alexandre a pu parfaire sa culture d’oeuvres anciennes. Toujours la tête dans les nuages, c’est d’abord en musique qu’il voyagera, notamment en Martinique, où il restera 4 ans durant l’adolescence.Une vraie boule d’énergie créative qui aime toucher à tout : du chant à la danse en passant par la décoration de meubles anciens. Éclectique dans l’âme, il affectionne tout particulièrement le cinéma asiatique (Kim Ki-Duk, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho ou encore Hayao Miyazaki), les cinéastes du Dogme (Vinterberg, Von Trier), ou encore le cinéma social de Ken Loach et des frères Dardennes. La rencontre avec le cinéma québécois a aussi été très forte (Robert Lepage, Robert Morin). Établi à Montréal depuis près de 9 ans, c’est dans un grand magasin qu’Alexandre exerce le métier de visuel. Comme il se plaît à dire, les mannequins sont comme des personnages, on les habillent en fonction de chaque histoire.

Laissez votre commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

17 + six =

Bandes-annonces

Archives