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FILMS DE LA DÉCENNIE: FILMS AMÉRICAINS PARTIE 4

Plusieurs membres de l’équipe de rédaction de Cinémaniak ont proposé, compilé, classé et discuté des films qu’ils considèrent comme ceux de la décennie. Pour écouter les dévoilements et les débats entourant les films du classement, rendez-vous sur la page de la baladodiffusion produite en partenariat avec CISM

Pour cette deuxième partie de ce dossier, Cinémaniak se prononce sur les films des États-Unis. Voici les positions 20 à 11 des meilleurs films américains de la décennie.

Pour les positions 40 à 31, cliquez ici. Pour les positions 30 à 21, rendez-vous ici. Pour les positions 20 à 11, c’est ici.

POSITION 10

Robert Pattinson dans Good Time des frères Safdie

GOOD TIME de BENNY SAFDIE ET JOSH SAFDIE

2017

Après quelques films inédits au Québec, Good Time est le film qui a fait découvrir les frères Benny et Josh Safdie à un plus large public de cinéphiles. Et quelle révélation! Le duo de cinéastes est rapidement devenu un incontournable avec cette histoire d’un bandit en cavale qui cherche à libérer son frère, handicapé mental, arrêté lors d’un vol de banque qu’ils ont commis ensemble. Leur style urbain, tendu, effréné, excitant est absolument séduisant. Plus grands que nature, leurs personnages sont fascinants. Robert Pattinson est hallucinant dans Good Time. Le film est jouissif tout en étant insupportable, drôle tout en étant tragique. Dès la première scène, les cinéastes nous agrippent violemment et ne nous lâcheront pas jusqu’à la fin. Une expérience de cinéma unique.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.

 

POSITION 9

Scarlett Johansson et Adam Driver dans Marriage Story de Noah Baumbach

MARRIAGE STORY de NOAH BAUMBACH

2019

Là où l’on découvre qu’un amour survit à une rupture. Mais pas à la vie. Ils étaient deux et heureux. Ils étaient jeunes et amoureux. Et puis le temps… Nicole et Charlie se connaissent par cœur, leurs forces, leurs charmes comme leurs failles et leurs bassesses. C’est certainement un peu ça l’amour : un équilibre précaire mais délicieux, entre deux êtres, qui construisent une vie sur leurs complémentarités tout en contemplant les limites de l’histoire s’installer jusqu’à ce que la proportion s’inverse. Onzième film de Noah Baumbach, on l’a dit, inspiré de son histoire avec l’actrice Jennifer Jason Leigh, fragile et juste. Niveau visuel, on retrouve la palette beige et brune du réalisateur qui situe la force de son film ailleurs que dans la photographie. Dialogues sculptés sur la vie, mise en scène en dentelle : discrète, précise et fragile, Marriage Story est un film sur la fin d’un couple confronté aux rouages de la justice en même temps qu’à l’effondrement de l’absolu. Les deux avocats campés par les impeccables Laura Dern et Alan Alda crèvent l’écran autant que les deux acteurs principaux, les très auréolés de gloire Scarlett Johansson et Adam Driver. « Nicole would never do that ! » leitmotiv dans la bouche d’un Charlie qui doit faire face au déménagement de sa femme – ex – avec leur fils, compliquant le divorce, testant sa persévérance et son amour paternel. Narration crénelée de moments suspendus entre douceur et tristesse, Baumbach et ses acteurs parviennent à traduire le drame universel et pourtant très personnel d’une rupture. Il y a ceux qui se demandent si le verre est à moitié vide et il y a des films qui vous font demander si l’amour est mort.

 

POSITION 8

Double Michael Keaton dans Birdman (or the Unexpected Virtue of Ignorance) de Alejandro González Iñárritu

BIRDMAN (OR THE UNEXPECTED VIRTUE OF IGNORANCE de ALEJANDRO GONZÁLEZ IÑÁRRITU

2014

Cinquième film d’Alejandro González Iñárritu. Film primé, il fait l’ouverture du festival de Venise en 2014, remporte quatre Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scenario, meilleur photographie), le César du meilleur film étranger, les Golden Globes du meilleur acteur pour Michael Keaton et celui du meilleur scenario. Le film est une adaptation théâtrale de la nouvelle Parlez-moi d’amour (what we talk about when we talk about) écrite par Raymond Carver en 1981.

Rigan Thomson (Keaton) est un personnage égocentrique qui n’aime pas les roses. Acteur au succès unique (superhéros hollywoodien Birdman), il monte une nouvelle adaptation sur Broadway de la nouvelle de Carver. Les répétitions s’avèrent houleuses et semées d’embûches. Le film semble tendre un miroir à la carrière de son acteur principal qui a notamment connu la célébrité grâce au Batman de Tim Burton en 1989 puis qui est lentement passé au second plan. Keaton effectue ici son grand retour. Birdman est un film sur une quête identitaire, la prise en main de sa vie et la rédemption possible, rédemption incarnée ici par les effets spéciaux d’un Birdman (personnage fictif) qui converse avec l’acteur qui l’incarne. Le réalisateur semble vouloir nous dire qu’il faut essayer d’être soi-même dans un monde bourré d’artifices. Au moyen de sa réalisation Iñárritu met en exergue les limites de notre corps comme de la caméra. C’est d’ailleurs pour ça que le protagoniste principal utilise la télékinésie, qu’il vole et qu’il claque des doigts pour arrêter la musique extradiégétique. Dans cette mise en abyme du médium cinématographique, twitter et ses followers (critiques) en prennent pour leur grade. Les plans séquences empêchent de tricher au montage et pourtant on va là où le réalisateur veut bien nous mener. Il est en parfait contrôle de la situation. Ses seuls plans montés à la fin ne sont là que pour détruire son travail afin de nous prouver qu’il sait ce qu’il fait, qu’il maîtrise les techniques cinématographiques. Pédant pour certains, génie pour d’autres, Birdman est une expérience intéressante à vivre.

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POSITION 7

Joaquin Phoenix dans Her de Spike Jonze

HER de SPIKE JONZE

2013

Dans Her de Spike Jonze, un homme solitaire tombe amoureux du système d’exploitation de son ordinateur, une intelligence artificielle dotée d’une voix féminine et d’une conscience propre. Un scénario d’une originalité, d’une profondeur et d’une richesse impressionnantes, justement récompensé aux Oscars du meilleur scénario original pour son scénariste et réalisateur. Ce texte est au service d’un film poignant, qui traite habilement des rapports interpersonnels et de l’essence humaine avec, paradoxalement et ingénieusement, la technologie comme trame de fond. La réalisation lyrique et inventive de Spike Jonze, dynamise cette relation inhabituelle à laquelle il serait difficile de croire autrement. Le film baigne dans la douceur et le romantisme. Joaquin Phoenix est excellent et tout en retenue, il vient nous toucher directement au cœur. Et Scarlett Johansson, dans un rôle uniquement vocal, sans même qu’on ait à la voir, a rarement été aussi sensuelle. Une des plus grandes performances vocales que le cinéma ait pu nous offrir.

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POSITION 6

Florence Pugh dans Midsommar de Ari Aster

MIDSOMMAR de ARI ASTER

2019

Avec son second film, Ari Aster propose une toute autre exploration du genre de l’horreur. Si visuellement Hereditary (son premier long métrage sorti en 2018) et Midsommar n’ont pas de véritable connexion, Aster semble poursuivre son exploration de la maladie mentale comme thématique. Une œuvre unique qu’il est nécessaire de déchiffrer et démystifier. Le film joue sur l’absurdité des situations, l’incompréhension, l’inconfort et l’installation d’une ambiance en décalage avec ce qui est jugé normal. Le tout dans une lumière extrêmement présente, frôlant la surexposition. Mais tout en respectant les règles du genre d’horreur cinématographique où un groupe de jeunes dans un lieu isolé font face à une menace… unique.

On passe d’un point de vue familial pour Hereditary à un personnel. Celui de Dani, l’excellente Florence Pugh. Midsommar est un film davantage subjectif. Dani est centrale, de la première scène au plan final, les autres sont relégués au second plan. Dans ce village suédois, elle trouvera les siens. Un film de détails, d’un dessin inséré au tout début qui prédit la fin, aux couleurs, au chiffre 9. Midsommar est une très grande rationalité technique qui rend compte d’une profonde subjectivité trouble.

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POSITION 5

Carey Mulligan et Ryan Gosling dans Drive de Nicolas Winding Refn

DRIVE de NICOLAS WINDING REFN

2011

Adaptation du roman éponyme de James Sallis, le film de Nicolas Winding Refn, Drive, décroche la sixième place de notre palmarès. Un Ryan Gosling mutique, gueule d’ange et maestro du volant. Une bande-son impeccablement entêtante. Un look rétro années 80. Une histoire d’amour silencieuse qui culmine sur un baiser fougueux dans un ascenseur sur fond de braquage et de repris de justice. Ce mélange, habile, bien mis en scène, à la cadence précise servie par un montage élégant et efficace déployant une esthétique kitsch comme il faut, vaudront au réalisateur d’être sacré meilleur de sa catégorie par le jury du festival de Cannes en 2011. L’histoire, en forme d’hommage à Miami Vice, d’un mec cascadeur le jour, chauffeur de gangsters la nuit même si résumable en quelques mots reste propice à d’intéressants développements – surtout quand l’amour s’en mêle – et révèle un Ryan Gosling utilisé à contre-emploi en cow-boy urbain le cure-dent au bec et portant comme personne la veste de satin d’or brodée d’un scorpion. Un film violent avec juste assez de tendresse, principalement amené par la voisine (Carey Mulligan).

 

POSITION 4

Miles Teller et J.K. Simmons dans Whiplash de Damien Chazelle

WHIPLASH de DAMIEN CHAZELLE

2014

C’est le premier long métrage de Damien Chazelle avant la consécration de La La Land. Adaptation éponyme de son court métrage sorti en 2014. Récipiendaire des Oscars du meilleur mixage sonore et du meilleur montage. Mais surtout, meilleur acteur dans un second rôle pour J.K. Simmons. Whiplash est à l’époque sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festical de Cannes. Son titre fait référence au morceau Whiplash de Hank Levy. Signification : coup de fouet. C’est l’effet que l’on ressent en voyant le film par sa réalisation énergique qui nous rentre en dedans et dont on ne peut se départir pendant un bon moment. Andrew Neiman (Miles Teller) est un jeune batteur de jazz de 19 ans. Il vient d’intégrer le prestigieux Shaffer Conservatory de New-York, l’une des meilleures écoles de musique du pays. Aspirant à devenir le nouveau Buddy Rich, il est repéré par le très exigeant Terence Fletcher (J.K. Simmons), enseignant et chef d’orchestre à Shaffer. Il a une réputation impitoyable qui se mérite à juste titre. Andrew va rapidement le découvrir. L’ouverture du film par une pièce musicale à la batterie donne le rythme dès le départ. Rapidement, l’ombre du professeur plane sur Andrew alors qu’il écoute à la porte du cours de Fletcher. Comme une oppression constante, une présence anxiogène qui témoigne du harcèlement moral à venir. Andrew est dédié à son art; répétition en sueur, il se donne corps et âme. Fletcher est impitoyable, le but étant qu’il se dépasse et donne le meilleur d’eux. Il attaque l’intégrité morale des gens, mais également leurs santés, physique et mentale. Il est en quête de perfection qui mêlée à la détermination permet d’accéder au succès qui donnera lieu à une grande scène du cinéma : un face à face final percutant. À voir et entendre.

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POSITION 3

Andrew Garfield et Jesse Eisenberg dans The Social Network de David Fincher

THE SOCIAL NETWORK de DAVID FINCHER

2010

Belle manière que d’entamer la décennie avec ce film de 2010 qu’est The Social Network, film sur la controversée création de Facebook. Puisque la plateforme des médias sociaux nous aura accompagnés tout au long de la décennie, tout comme le souvenir de ce puissant film de David Fincher.  Dialogues savoureux, montage redoutable, scénario tragique, mise en scène précise, trame-sonore épatante, et jeu parfait de Jesse Eisenberg et Andrew Garfield, le film a tout pour marquer les esprits. Facebook s’étant amplement transformé au cours de la décennie en transformant lui-même notre société, on ne peut qu’espérer une suite à The Social Network. Il y aurait certainement de la matière.

 

POSITION 2

Sandra Bullock dans Gravity de Alfonso Cuarón

GRAVITY de ALFONSO CUARÓN

2013

Gravity du réalisateur Mexicain Alfonso Cuarón est un de ces films où la technique est mise de l’avant, mais ce n’est pas parce que sa technique est impressionnante que son scénario d’une grande simplicité n’est pas bon. Peu de dialogues, beaucoup d’immersion nécessaire. Cuarón signe un film expérience, fait pour la salle, et par conséquent DOIT être vu en salle. À sa sortie en 2013, les salles commençaient à se vider au profit des plateformes numériques, tout juste avant l’avalanche des Marvel. Cuarón nous a rappelé ce que la technique du cinéma pouvait nous faire vivre : du spectaculaire à couper le souffle à l’angoisse de la solitude spatiale. Mais surtout, il nous a rappelé que la salle était TOUJOURS digne de son historique. Un des rares films qui a su véritablement utiliser la 3D avec une Sandra Bullock qui porte le film sur ses épaules de la première image jusqu’au dernier plan en contre plongée. Un film à vivre, mais en salle s’il-vous-plaît!

 

POSITION 1

Jharrel Jerome et Ashton Sanders dans Moonlight de Barry Jenkins

MOONLIGHT de BARRY JENKINS

2016

Moonlight de Barry Jenkins est l’adaptation de la pièce de théâtre In the Moonlight Black Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney. Il n’est pas possible de passer à côté du cafouillage des Oscars lors de la remise du prix du meilleur film (remis par erreur à La La Land de Damien Chazelle). Mais le film est bien plus que cela. Moonlight est divisé en trois parties, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Chiron (Ashton Sanders) vit avec une mère monoparentale dépendante au crack (Naomie Harris). Entre intimidation, violence de son quartier, il sera pris sous son aile par un trafiquant de drogue Juan (Mahershala Ali). Délaissé par sa mère, il sera en quelques sortes adopté par Juan et sa femme Teresa (Janelle Monáe). Il est ami avec Kevin (Jaden Piner à 9 ans et Jharrel Jerome à 16 ans), avec qui il découvrira son attirance possible envers les hommes. Adulte, Chiron croisera par hasard Kevin (André Holland), ami qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années. Ils converseront dans ces retrouvailles fortes en émotions. Trois actes dramatiques, trois magnifiques acteurs (Alex Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes), trois moments. Direction artistique solide, réalisation sensible et direction photo soignée, dans Moonlight il est vrai que les peaux paraissent bleues. Un film riche en émotions.

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Cette compilation est une collaboration entre Marc-Antoine Lévesque, Clara Bich, Alexandre Blasquez, Jules Couturier, Prune Paycha et Antonine Salina.

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