Films de la décennie : Commonwealth partie 2

Plusieurs membres de l’équipe de Cinémaniak ont proposé, compilé, classé et discuté des films qu’ils considèrent comme ceux de la décennie. Pour écouter le dévoilement et les débats entourant le classement, rendez-vous sur la page de la baladodiffusion produite en partenariat avec CISM. Pour cette partie du dossier des films de la décennie, Cinémaniak vous propose la liste des 20 films du Commonwealth qui ont obtenu le meilleur pointage. Voici les positions 10 à 1.

Pour revoir les positions 20 à 11, rendez-vous ici.

 

POSITION 10

THE KILLING OF A SACRED DEER de YORGOS LANTHIMOS | Irlande et Royaume-Uni

2017

L’histoire de Steven (Colin Farrell) et Anna (Nicole Kidman) un couple brillant qui a très bien réussi, lui comme chirurgien, elle comme ophtalmologue. Ensemble ils ont deux adolescents. Steven a commencé à prendre sous son aile Martin (Barry Keoghan), un jeune garçon qui a perdu son père sur la table d’opération de Steven. Martin va progressivement s’immiscer dans la famille, surtout via leur jeune adolescente. Il va devenir de plus en plus menaçant jusqu’à conduire Steven à un dilemme sacrificiel cornélien : choisir de tuer, mettre à mort l’un de ses deux enfants pour sauver les autres membres de la famille. The Killing of a Sacred Deer explore le mythe d’Iphigénie, dans une tragédie grecque actuelle d’un cynisme incomparable, mélangeant absurde et horreur qui font monter la pression. Une réalisation toujours aussi maîtrisée avec notamment des travellings longs et impressionnants, ainsi que des plans et des cadrages magnifiques et picturaux. On retient les plans en plongée verticale, signes du déroulement inéluctable de la catastrophe. Ainsi que des mises en scènes grandiloquentes pour des situations triviales. Un film qui demande un certain investissement du spectateur, dans ses retranchements et dans son seuil de tolérance à l’étrangeté. Dans un univers de froideur polie de la grande bourgeoisie qui semble vivre impunément et sans remise en question. Lanthimos met en scène un effondrement, celui d’une famille, d’une bourgeoisie et d’une impunité. C’est une justice privée… et une vision profondément pessimiste de la nature humaine. – D.R.
 
 
POSITION 9

HUNT FOR THE WILDERPEOPLE de TAIKA WAITITI | Nouvelle-Zélande

2016

Second film du réalisateur néo-zélandais Taika Waititi, Hunt for the Wilderpeople nous fait voyager dans la brousse avec deux personnages, Ricky Baker, un jeune adolescent orphelin et son oncle de famille d’accueil Hec. La paire éclectique, a priori sans affinité, apprendra à s’apprécier dans ses aventures. Waititi signe un film drôle et touchant avec une réalisation vivante. 50% de l’appréciation du film repose sur l’énorme charisme de l’acteur principal, Julian Dennison (que l’on a également pu voir dans Deadpool 2 par la suite) qui interprète un Ricky bavard, non préparé à la vie de brousse, mais ô combien attachant dans la naïveté de sa quête de liberté. Dennison y est tout simplement IRRÉSISTIBLE. Comme compagnon, il a Sam Neill en l’oncle Hec, homme indépendant, grognon et cru, mais au grand cœur. Les magnifiques paysages des bushs néo-zélandais vous feront rêver un tant soit peu du pays de Jacinda Ardern. Fidèle à lui-même, Taika Waititi y fait un caméo délicieux lors d’une scène de funérailles dans laquelle il joue… un prêtre. Hunt for the Wilderpeople nous a offert un des duos les plus charismatiques dans le cinéma de la décennie, il ne faudrait pas se priver. – M.-A.L.

 

POSITION 8

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de LYNNE RAMSAY | Royaume-Uni et États-Unis

2011

Thriller co-écrit et réalisé par Lynne Ramsay, ce film trop peu connu est l’adaptation du non moins génial roman de Lionel Shriver, qui porte le même nom. Dès les premières minutes du film on comprend que Kevin (génialement interprété par Ezra Miller) est l’auteur d’un évènement tragique. Évènement dont on ne connaîtra la nature et l’ampleur qu’à la toute fin. De ce point de départ, le film suit la vie et le mal-être actuel de la mère de Kevin, entrecoupé de flashbacks sur sa vie d’avant. Avant l’évènement, et avant Kevin. Ce montage intelligent use et abuse de sauts dans le temps pour mettre le spectateur en attente et étendre sa compréhension la plus complète possible des évènements. Car c’est bien l’histoire du film que de chercher à comprendre. On embrasse le point de vue de la mère de Kevin, jouée par une Tilda Swinton hors du commun, qui révise son passé, sa maternité, l’enfance et l’adolescence de Kevin. Elle occulte rétrospectivement leur vie de famille pour essayer de comprendre comment ils en sont arrivés là ou comment cela aurait pu être évité. C’est un film implacable sur l’amour, le manque d’amour, le désamour maternel, ce fardeau-là et parfois le regret d’être mère. Un film somme toute plutôt contraceptif, qui s’inscrit dans la lignée de Elephant de Gus Van Sant. Le montage intelligent et le jeu d’acteurs portent toute cette histoire abordée à travers un prisme inédit et rarement accessible. Le livre de Lionel Shriver n’est pas en reste, tout aussi brillant, d’ailleurs l’autrice le dédie à son mari en stipulant « le scénario du pire auquel nous avons échappé ». We Need to Talk About Kevin est donc finalement ça, le scénario du pire mais un film inoubliable. – D.R.

 

POSITION 7

SHAME de STEVE McQUEEN | Royaume-Uni, Canada et États-Unis

2011

Après avoir réalisé Hunger, Steve McQueen revient en 2011 avec Shame, qui met en vedette son acteur fétiche, Michael Fassbender. On y suit Brandon, trentenaire new-yorkais, qui n’a qu’une obsession : le sexe. Coups d’un soir, prostituées, masturbation au bureau, films pornographiques; tout y passe. Brandon vit très bien sa vie de cadre de Wall Street jusqu’à ce que sa soeur s’installe sans prévenir dans son appartement. Adieu liberté sexuelle et vices à gogo, il va devoir apprendre à vivre cette obsession autrement. Petit à petit, il se retrouve désorienté, mis à l’écart de sa position privilégiée dans cette ville qui lui appartenait au profit du personnage de Sissi (sa soeur), qui va lui voler ses marques. Néanmoins, elle réussit à l’humaniser, le confronter à la vie humaine, le salir même, pour le faire évoluer. Le personnage de la soeur est d’ailleurs interprété brillamment par Carey Mulligan, toujours lumineuse dans l’interprétation de personnages qui ont mal à l’âme. McQueen met en scène avec brio les non-dits, la honte et la solitude. On aime la bande-son et la direction d’acteurs. Et puis, on notera que c’est toujours agréable de voir Michael Fassbender nu. Bref, une claque cinématographique et très visuelle. – C.B.

 

POSITION 6

THE LOBSTER de YORGOS LANTHIMOS | Irlande, Royaume-Uni et Grèce

2015

Réalisé par l’inénarrable Yorgos LanthimosThe Lobster est une fable humaine cynique à mi-chemin entre Ovide et Buñuel. Un univers un peu parallèle, un peu futuriste et fantastique où le célibat et la solitude sont proscrits. Sitôt célibataire, veuf ou quitté, la personne esseulée se retrouve au maximum 45 jours dans un palace aux règles et rites très strictes pour trouver l’âme sœur. Ceux qui n’y parviennent pas ou trichent se retrouvent transformés en animal de leur choix décidé à l’avance. L’absurde y est jusqu’au-boutiste, par exemple les couples formés doivent se vouer un amour inconditionnel et irréfutable avec des points communs indéniables comme la myopie ou des saignements de nez récurrents. Un scénario cynique et extrême, sans demi-mesure, sur une société qui ne tolère pas d’autre état civil que le couple marié. Un film qui prend place dans la famille des fables sociales, traitant du bonheur comme une contrefaçon arrangeante, de la contrainte normative, du refus d’une fausse jouissance, de proverbes pris au pied de la lettre par le réalisateur : à savoir qu’il n’est de véritable amour, qu’aveugle. L’amour et la vision du couple encore et toujours vus de biais par Yorgos Lanthimos, sauf que cette fois c’est le coeur du scénario de cette satire aux injonctions du bonheur et de la vie à deux. Un film très original avec une construction symétrique ou en miroir, celle qui étudie l’autre extrême. Celui du célibat à tout prix. – D.R.

 

POSITION 5

ROOM de LENNY ABRAHAMSON | Irlande, Canada et Royaume-Uni

2015

On parle bien ici de Room et non de The Room, de Tommy Wiseau! Room sort en 2015 et met en scène Brie Larson (qu’on ne présente plus aujourd’hui grâce à son rôle de Captain Marvel). Elle joue aux côtés du jeune Jacob Tremblay, vu, entre autres, dans Doctor Sleep ou encore chez Xavier Dolan.  Le film est réalisé par le réalisateur irlandais Lenny Abrahamson, a qui l’on doit surtout Frank, comédie dramatique avec Michael Fassbender. Room est l’adaptation du roman de fiction éponyme de l’autrice Emma Donoghue, qui s’inspire de la réelle « affaire Fritzl », où une femme a été séquestrée par son père pendant 24 ans et a donné naissances à sept enfants, et de l’affaire « Jaycee Lee Dugard », femme séquestrée pendant 18 ans qui donnera naissance à 2 enfants issus des viols de son ravisseur.
Room retrace l’histoire de Joy, séquestrée dans un cabanon avec son fils de 5 ans, Jack. On comprend rapidement que Jack n’a jamais connu le monde réel et qu’il est né dans cet enfer. Elle assure son éducation et ils sont approvisionnés par Old Nick (Sean Bridgers), son ravisseur. Joy va alors tenter de s’échapper de cette petite pièce pour retrouver le monde extérieur. C’est là que la deuxième partie du film commence : le retour à la réalité les confronte à ce nouveau monde et à un enfer médiatique sans fin. Malgré une deuxième partie décevante, ROOM reste est une oeuvre cinématographique maitrisée où les rapports humains et d’éducation sont bien mis en scène. L’enfermement, la maternité, la reconstruction et la résilience sont traités avec brio. Brie Larson est à la hauteur du rôle, interprétation qui lui a d’ailleurs valu l’Oscar de la meilleure actrice. – C.B.

 

POSITION 4

YOU WERE NEVER REALLY HERE de LYNN RAMSAY | Royaume-Uni, États-Unis et France

2017

Il est curieux que You Were Never Really Here ait gagné le prix du scénario à Cannes en 2017 (ex-aequo avec The Killing of a Sacred Deer de Yorgos Lanthimos) et non pas celui de la mise en scène, qui est plutôt allé à The Beguiled de Sofia Coppola. Parce qu’au sortir des courtes, mais intenses et immersives 89 minutes du film, on sent encore tout notre corps, voire notre âme, vibrer du son et des images de ce captivant objet de cinéma que la réalisatrice écossaise Lynne Ramsay nous a balancé à la gueule. Dans You Were Never Really Here, tous les moyens du cinéma (son, musique, montage, etc.) sont au service d’une mise en scène anxiogène, créant une expérience sensorielle, viscérale, que l’on ressent bien plus qu’on ne peut l’expliquer et qui nous amène à entrer en résonance avec le protagoniste et ses tourments intérieurs. Avec l’appui précieux de l’intense musique de Jonny Greenwood, du groupe Radiohead, la cinéaste plonge le spectateur dans une immersion graduelle, et finalement totale, qui exprime mieux que n’importe quel mot aurait pu le faire, le chaos et la dévastation que vit son héros. Le drame est porté par un personnage et surtout, il est essentiel de le mentionner, par une performance exceptionnelle d’un Joaquin Phoenix massif et amoché, dans un jeu très physique, l’air fatigué, brûlé, triste. Avec une narrativité floue, flirtant presque parfois avec l’expérimental, s’apparentant à plusieurs films tout en s’en détachant pour créer quelque chose d’unique, Lynne Ramsay ne respecte dans ce film aucune règle scénaristique habituelle. Elle n’en fait qu’à sa tête, n’a pas peur de déranger, de déstabiliser le spectateur en quête de clarté et de précision narrative. C’est peut-être en fin de compte cette authenticité, cet entêtement, cette absence de compromis, qui auront charmé le jury du Festival de Cannes, mais un peu moins le public ou les institutions financières, qui sont encore, malheureusement, frileux, conservateurs, trop habitués à être absolument divertis pour apprécier le grand cinéma de Lynne Ramsay. – J.C.

 

POSITION 3

AMERICAN HONEY de ANDREA ARNOLD | Royaume-Uni et États-Unis

2016

Dans American Honey, la cinéaste britannique Andrea Arnold nous entraîne dans un long road trip à travers les États-Unis, prétexte à présenter une Amérique à mille lieux des sentiers battus, à travers le regard insouciant de jeunes marginaux. Le film, magnifique portrait de l’Amérique et de la jeunesse d’aujourd’hui, a remporté le prestigieux Prix du jury du Festival de Cannes. La vision de la cinéaste britannique est résolument séduisante. Elle filme ses jeunes personnages et l’Amérique dont elle n’est pas originaire d’un point de vue rafraîchissant, empreint de compassion et d’optimisme. Son regard est unique et original. En se promenant à travers ce pays, elle nous présente différents milieux, des plus riches aux plus pauvres, sans jamais poser de jugement. Elle recherche le beau partout, même dans le laid. American Honey est un film absolument captivant. Les jeunes acteurs sont pour la plupart des amateurs qui ont, en tournant le film de manière chronologique, réellement fait le voyage. Cela confère à l’oeuvre une grande authenticité. Le fait que plusieurs scènes soient improvisées ajoute à son caractère naturel. Même l’actrice qui incarne Star, le personnage principal, Sasha Lane, n’est pas non plus une professionnelle. Elle épate dans ce rôle très exigeant. La caméra de Arnold est fixée sur elle et la suit dans l’entièreté des scènes de ce très long film (163 minutes). Elle réussit à crever l’écran dans chacune d’entre elles, grâce à son talent et à sa beauté brute. Filmée caméra à l’épaule, la majorité du temps en gros plan, elle est hypnotisante. – J.C.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.

 

POSITION 2

THE FAVOURITE de YORGOS LANTHIMOS | Irlande, Royaume-Uni et États-Unis

2018

L’invasion grecque. C’est le moins que l’on puisse dire dans ce top 10 des films du Commonwealth de la décennie. Yorgos Lanthimos a un trois en trois dans sa filmographie en langue anglaise pour les membres de Cinémaniak. The Favourite demeure son plus connu, entre autres à cause de son trio d’actrices maintenant oscarisées, puisque Olivia Colman s’est méritée la plus convoitée des statuettes dorées pour son interprétation de la Reine Anne. Film sur la monarque britannique à la vie tragique dans un trio amoureux où stratège et amour se confondent. Trio composé donc, de la Reine et deux de ses conseillères/compagnes, la plus expérimentée Lady Sara (interprétée par la plus posée Rachel Weisz) et la jeune ambitieuse cousine Abigail (la très dynamique Emma Stone). L’Oscar de Colman est pleinement mérité; sa performance alterne entre le drame et la comédie (situationnelle, presque acerbe et vivante, devenue la marque de commerce de Lanthimos depuis Canine en 2009). Si le drame est discret, le scénario l’ancre solidement dans les enjeux narratifs de la Reine Anne lors de la conversation sur les lapins qui nous révèle la perte de ses 17 enfants. Cet humour est plus souvent tragique qu’autre chose dans l’univers de Lanthimos. Si The Killing of a Sacred Deer n’était que drame (et tension), The Favourite est davantage comédie, sans jamais délaisser le profond drame de la Reine Anne. Au contraire, son drame envahit la forme cinématographique et vient déformer sa vision du monde et de son entourage. Ainsi, grands angles (effet fisheye), contres plongées et mouvements rapides de caméra pullulent dans The Favourite. Et que dire de la scène finale? Colman nous rappelle la force de sa seule expression faciale, expliquant en grande partie la raison de sa victoire aux Oscars 2019. – M.-A.L.

 

POSITION 1

MAD MAX: FURY ROAD de GEORGE MILLER | Australie, Afrique du Sud et États-Unis

2014

Mad Max: Fury Road prend la première place de ce palmarès pour la richesse de son univers, son extravagance, sa flamboyance, sa folie, ses idées délirantes, ses couleurs éclatantes, ses personnages tordus, sa direction artistique hallucinante, sa direction photo hors-pair, sa musique entraînante, ses costumes déjantés, ses véhicules spectaculaires, et tous ses détails plus inusités et originaux les uns que les autres. C’est le film d’action le plus spectaculaire, inventif, excitant, intense et efficace des dernières années. Et il apporte, en bonus, un propos féministe plus que bienvenu. – J.C.

 

 

Cette compilation est une collaboration entre Marc-Antoine Lévesque, Clara Bich, Jules Couturier et Diane Rossi.

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