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Eye on Juliet : Romance et robotique

Eye on Juliet : Romance et robotique 3.0
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Note de l'auteur
Eye on Juliet, malgré sa prémisse très intéressante, se classe comme une œuvre mineure dans la filmographie du réalisateur.
NOTE DU LECTEUR

Après Two Lovers and a Bear qui relatait l’histoire d’amour d’un jeune couple dans le Grand Nord canadien, le cinéaste québécois Kim Nguyen continue, avec son plus récent Eye on Juliet, sur cette lignée de film au romantisme bien assumé dans des localisations géographiques toujours plus surprenantes. Cette fois-ci, l’amour fera se connecter un jeune homme au cœur brisé de Détroit et une Marocaine destinée à un mariage forcé avec un homme plus vieux. Malheureusement, le résultat cinématographique ne sera pas aussi convaincant.

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Gordon (le Britannique Joe Cole) vient de se faire laisser de façon brutale par sa copine. Il travaille comme opérateur d’hexapode pour une compagnie de pipeline de Détroit. Son emploi consiste à contrôler, au moyen des nouvelles technologies, une araignée robotique chargée de surveiller des installations pétrolières dans le désert du Magreb. C’est à cet endroit que l’œil de son robot captera Ayusha (Lina el Arabi, la révélation de Noces). Celle-ci est forcée par ses parents à consentir à un mariage avec un homme qui ne l’intéresse pas du tout. Elle planifie donc de fuir le Maroc et de rejoindre l’Europe avec son amoureux secret. Grand romantique, Gordon, assis dans son bureau à plusieurs milliers de kilomètres de là, fera tout pour aider ces jeunes gens à pouvoir vivre librement leur amour.

Eye on Juliet
Eye on Juliet
photos: Sébastien Raymond
seb©sebray.com

Avec Eye on Juliet, Kim Nguyen signe un scénario très ingénieux. Il arrive à relier deux réalités diamétralement opposées, la froideur des bureaux de Détroit et la chaleur du désert marocain, de façon originale et amusante. Cette clairvoyante idée donne lieu à plusieurs séquences bien pensées et souvent assez rigolotes, notamment celles impliquant ce petit robot qui se promène dans le désert en discutant de la vie, de l’amour, de la sexualité.

Or, Nguyen se concentre peut-être trop sur l’aspect romantique de son œuvre et effleure à peine, et avec très peu de nuances, la dimension géopolitique et sociale dans laquelle son histoire est campée. Tout ce qui a trait à la vie au Maroc et aux enjeux sociaux, culturels et économiques est abordé de façon très clichée et jamais en profondeur.

Celui qui nous a habitués à magnifier les décors et les paysages dans lesquels ses histoires se déroulent, notamment dans ses derniers Rebelle et Two Lovers and a Bear, ne réitère pas du tout cet exploit ici. L’absence de l’excellent directeur photo Nicolas Bolduc, qui suivait pourtant Nguyen sur tous ses projets depuis Le marais en 2008, se fait cruellement sentir. Visuellement, le film est fade, n’offrant que très peu de vraies belles images.

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Bref, avec des protagonistes qu’on ne sent pas très habités, manquant de charisme dans leur interprétation, une esthétique ordinaire et un manque de profondeur dans la présentation de son contexte, Eye on Juliet, malgré sa prémisse très intéressante, se classe comme une œuvre mineure dans la filmographie du réalisateur. Ses deux œuvres précédentes ont créé des attentes à un niveau auquel Eye on Juliet ne s’élève pas.

Il n’en demeure pas moins qu’en ces temps sombres de l’actualité mondiale, un film porteur d’autant d’espoir et d’humanité, de compassion et d’ouverture sur le monde fait du bien. Malgré ses faiblesses, on peut tout de même remercier Kim Nguyen pour le sourire et l’émotion qu’il nous inspire. C’est aussi à cela que peut servir le cinéma.

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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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