Entrevue avec Éric Morin : Nous sommes GOLD

Ayant reçu un accueil chaleureux et émotif en Abitibi ainsi qu’aux Rendez-vous Québec Cinéma, le nouveau long métrage Nous sommes Gold du réalisateur abitibien Éric Morin prenait l’affiche le 29 mars dernier dans plusieurs salles à Montréal et à travers le Québec.

J’ai eu l’occasion, quelques heures avant la sortie officielle, de lui poser quelques questions.

Cinémaniak : Ton film sort en salle aujourd’hui, comment te sens-tu?

Éric Morin : Le film avait déjà été présenté au RVQC et en Abitibi en début mars, mais ce que je trouve le plus intéressant c’est de voir les critiques du film qui commencent à sortir et d’entendre leurs propositions et leurs perceptions, c’est toujours agréable.

C : Comment s’est passée la réception en Abitibi?

ÉM : Ça été très émotif. Les gens se sont identifiés au territoire et aux personnages. J’ai aussi reçu beaucoup de bons commentaires sur le scénario et le propos du film contrairement à mon premier long-métrage où ce qui était souligné était surtout l’esthétisme. Ça m’a beaucoup touché.

C : L’écriture de ce dernier film a pris plusieurs années. Est-ce que ça été difficile comme processus?

ÉM : J’ai été très bien conseillé pour la scénarisation. Je suis plus un gars de réalisation donc quand j’écris un scénario, je dois me concentrer sur les choses que je connais. Écrire pour une autre personne serait beaucoup trop long. Donc à force d’en discuter avec des personnes clés, j’ai remis en question plusieurs éléments du film et au final, ça en a valu la peine.

C : C’est ta deuxième collaboration pour un long-métrage avec Parce Que Films. Comment ça se passe avec eux?

ÉM : En 2010 j’ai réalisé un court-métrage qui s’appelle Opasatica. Il avait été présenté dans une soirée Prends ça court et j’ai gagné le Prix Parce Que Films qui m’a amené vers un partenariat qui se poursuit depuis. Ce sont des producteurs qui sont aussi réalisateurs, ce sont des gars de terrain et ils sont très investis dans les projets. Ce sont des gens qui réussissent à être très créatifs malgré la minceur de certains budgets. On a aussi fait beaucoup de projets de vidéoclips ensemble et on continue d’en faire. Je pense que le vidéoclip est une très bonne école et c’est un super espace d’expérimentation pour nous et pour les bands.

C : La musique est très présente dans ton film. Qu’est-ce qui t’a motivé à mettre en scène des musiciens ?

ÉM : Ayant eu un band dans les années 90 en région, ça m’a donné envie de créer des personnages qui sont dans des bands; une fille qui a du succès et les deux autres qui en ont pas du tout. Au niveau du choix des comédiens, j’ai eu longtemps l’idée de caster des gens qui seraient parfaitement musiciens et le plus proche de ça c’était Swartz. Tout le monde a fait un super travail d’appropriation de leur instrument, autant Pat que Monia, pour se rapprocher de la crédibilité du rock. C’était très important pour moi que ce soit crédible. Je suis un tripeux de musique et je dirais que ça m’a beaucoup aidé pour l’écriture.

C : Ton ami et compositeur Philippe B. et toi avez travaillé ensemble à construire la musique du film au fur et à mesure que le scénario avançait. As-tu fonctionné comme ça aussi pour ton 1er long-métrage?

ÉM : Philippe est un ami du secondaire. Cette relation-là est vraiment précieuse. On a été dans le même band ensemble. Pour Chasse au Godard d’Abbittibbi (2013), il a composé la musique après le film. Pour Gold, on a travaillé ensemble dès le début parce que je voulais que la poésie des textes de Philippe nourrissent l’histoire et vice versa. J’ai vraiment envie qu’on poursuive cette relation d’autant plus que mon prochain film sera très musical, plus près même de la comédie musical, mais toujours dans la thématique rock. Comme une comédie musicale rock, mais avec ses propres codes. Donc c’est certain que dès le premier jet de scénarisation, Phil sera présent et on essayera de créer un autre univers complet qui n’aura rien à voir avec l’Abitibi ou la musique indie. Ce sera quelque chose de plus glam et à Montréal cette fois-ci.

C : Tu t’enlignes donc vers des thématiques plus urbaines?

ÉM : Oui! J’ai le goût de tripper sur Montréal. Au tournant des années 2000, j’ai beaucoup tourné sur Montréal au travers d’un magazine qui s’appelle Mange ta ville et aussi avec Électrons Libre où on a beaucoup survolé Montréal en drone. Donc cette fois-ci, j’ai le goût de tripper urbanité. Les gens disent parfois que le cinéma québécois est beaucoup axé sur Montréal. Moi je trouve plutôt qu’on représente souvent la région et qu’elle est bien représentée, mais j’aimerais vraiment faire un hymne à Montréal. Une métropole bilingue qui s’inscrit dans le reste du monde comme un endroit vivant.

C : Tu parles de survol, comment as-tu trouvé de survoler l’Abitibi?

ÉM : Quand j’ai fait les shots de drone, je savais qu’elles étaient nécessaires. Je sais que c’est à la mode et j’en ai fait beaucoup en télé mais, j’ai réalisé par la suite que c’était hyper cohérent et que ce n’était pas seulement un trip esthétique. C’était nécessaire pour illustrer le territoire et je crois que les top shots qu’on a fait aidaient à bien concevoir les espaces miniers, à comprendre leur ampleur et la grosseur des industries. Et c’était fantastique de voir cette petite ville dans cet océan d’épinette. Donc c’était pas juste un trip esthétique de l’air du temps, mais au montage, je trouve que le résultat fait vraiment parler sur le territoire et je suis content d’avoir eu cette équipe de droneux pour ces plans-là.

C : Je sais que ton père et tes frères ont travaillé dans des mines. C’était donc une thématique forte pour toi qui était ancrée dans ton enfance. Qu’as-tu voulu souligner avec le choix ?

ÉM : C’est un sujet qui ne m’a jamais intéressé jeune. Mais quand j’y suis retourné au début de ma quarantaine avec mes enfants, j’ai réalisé à quel point c’est inévitable et que c’est présent médiatiquement. Une nouvelle sur trois concerne les mines. Le territoire est transformé par ça, l’usine est grosse. Je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas en parler parce que ça fait partie de la vie de tous. Donc j’ai voulu parler de cette présence-là, sans trop de jugements, en créant des personnages qui ont des opinions favorables et d’autres défavorables, mais pour qu’il y ait une réflexion. Souvent, ce discours-là est occulté en région. C’est très présent mais personnes ne veut vraiment en parler. Donc j’ai voulu ouvrir des discussions. Là-bas, l’aréna s’appelle I am gold et c’est aussi le nom d’une compagnie. Je trouvais que ce nom appartenait davantage au rock, limite hip hop, mais pas pour un aréna, encore moins une minière. C’est donc pour ça que j’ai appelé le band Gold et que leur chanson principale s’appelle I am gold.

C : C’est le 2e film où tu mets en scène un personnage féminin vraiment au devant de l’histoire, y a-t-il une raison à ça?

ÉM : Dans les deux films, ce sont des trios 2 gars une fille et dans les deux cas, c’est le personnage féminin qui me ressemble le plus. Je trouve intéressant l’idée de parler de soi mais de brouiller les pistes en transposant chez une fille. Ça permet aussi de faire un personnage qui est crédible au niveau féminin, je laisse donc beaucoup d’espace à la comédienne. Et au final le personnage me ressemble un peu dans ses complexes; son exil à Montréal, puis son retour, sa culpabilité d’avoir laissé des gens derrière, etc.

C : Et le chandail rayé noir et blanc? On le retrouve chez ton personnage féminin dans les deux films. Pourquoi?

ÉM : Moi j’aime ça! C’est comme une signature. Le sujet de mon premier film se poursuit un peu dans le deuxième et le chandail sert de symbole pour lier les films.

C : Alors on doit s’attendre à un autre personnage féminin au chandail rayé noir et blanc dans ton prochain film?

ÉM : C’est sûr qu’il va y avoir au moins une scène avec un chandail comme ça! (rire)

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