Entretien avec Stephan Streker

Le monde nous appartient, très joli deuxième film de Stephan Streker sort vendredi 15 août au Québec. Nous l’avons rencontré à l’occasion de son passage à Montréal

ST : Bonjour Stephan, Le monde nous appartient sort ici au Québec 2 ans après avoir été projeté au FFM. Il est sorti il y a dix-huit mois en Belgique…c’est ce qu’on appelle une longue distribution….

SS : La distribution ne m’appartient pas…Mais cela ne m’a pas, pour autant, empêché d’avancer… J’ai écrit un film qui s’appelle Nos et que je tourne à la fin de l’année… J’ai même un autre projet en chantier…

ST : A l’époque du FFM, il y a deux ans, Elie Castiel avait dit que l’univers du film rappelait la poésie de Leos Carax…

SS : Ca m’a beaucoup touché oui… C’est vrai que je me suis permis de nommer dans mon film Mauvais sang (par le personnage joué par Reda Kateb) mais je pense que c’était plutôt au niveau des ambiances, de l’esthétisme notamment une couleur qui est très présente (alors que ce qui est très à la mode, c’est le monochrome par exemple)

C’est assez riche au niveau des couleurs. Je trouve que c’est une très belle filiation; cela m’a fait très plaisir que certaines personnes l’aient vu. Leos Carax est quelqu’un que j’admire énormément. Le hasard de la vie a fait que Le monde nous appartient a été projeté au festival de Shanghai où lui était également et on a même fait une conférence de presse ensemble

ST : Ce qui m’a frappé dans le film, au-delà de la photo, c’est la recherche d’une mise en scène et d’un certain cadrage…

SS : Je pense que la forme permet de faire la différence. Le « quoi » a de l’importance mais c’est le « comment » qui est décisif…Car aujourd’hui tout a quasi-déjà été raconté…De la bible à Shakespeare… Ce sont donc des points de vue de mise-en-scène. Pour exprimer ce point de vue, le réalisateur a la possibilité de créer avec le son, le temps, le cadre…etc.

Faire du cinéma c’est communiquer par les moyens d’une façon élevée; Lorsque je réalise un film ce n’est pas l’expliquer, (vous voyez que je suis très capable de m’exprimer avec des mots)… mais bien pour essayer de l’exprimer avec les moyens du cinéma (le son, l’image…etc)

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ST : Vous choisissez Vincent Rottier et Olivier Gourmet comme tête d’affiche. Pourquoi eux ?

SS : Ce sont les meilleurs ! Olivier est le seul visage que j’avais en tête lorsque j’ai écrit…Ca et la musique d’Ozark Henry. Olivier a dit « oui » en premier ce qui m’a permis de mieux appréhender la suite….Mais je pense qu’Olivier Gourmet est le meilleur acteur du monde. Il ne le sait pas encore, mais il aura un rôle dans tous mes films.

Pour Vincent, il est vraiment tombé amoureux de son personnage. On a fait des essais. Dès la première minute de ses essais, il était parfait.

En fait, tout le monde a fait des essais sauf Olivier qui était choisi dès le départ.

ST : Vous n’auriez pas tourné votre film en numérique (le long métrage a été tourné en pellicule)

SS : On l’a tourné en 35 mm; cela aurait été impossible en numérique. J’adore la pellicule qui est organique, qui est vivant. Le digital est mort; il n’y a pas de mouvement. Beaucoup d’artistes réussissent à faire un très beau travail en digital…. Mais pour moi j’ai une grosse préférence pour la pellicule et nous savons tous également qu’elle va disparaitre…

C’est tellement sacré la pellicule, que lorsqu’on dit « moteur », on entend le bourdonnement…Tout le monde est très consacré, c’est très important.

J’avais juré à mes producteurs qu’on ferait très peu de prise…On faisait 2-3 prises au maximum la plupart du temps. Il y avait comme une sacralisation du moment…

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ST : Vous avez mis huit ans entre premier et votre dernier film…

SS : Abandonner mon métier précédent (journaliste cinéma) a été le grand saut dans le vide…-là était la difficulté. J’espère maintenant avoir la chance de ne faire que cela… Si je peux faire un long métrage tous les trois ans, cela sera génial

Je n’étais pas un réalisateur frustré lorsque j’étais journaliste.  J’ai eu la chance d’interviewer Sergio Leone et Serge Gainsbourg… ces entretiens étaient très riches…Venir à la réalisation n’était pas liée à une frustration

Créer c’est vivre deux fois : Albert Camus

ST : Quelle est la raison pour laquelle vous faites du cinéma ?

SS : Je pense que réaliser un film est la chose la plus difficile qu’il m’ait été donné de faire. C’est aussi la plus belle chose au monde; c’est gratifiant de communiquer avec l’aide de plein de gens : « Créer c’est vivre deux fois » !

ST : Le film a été très bien reçu en Belgique avec 3 nominations aux Magritte (dont l’obtention de la meilleure musique pour Ozark Henry), on espère qu’il aura une belle carrière dans notre contrée. Merci Stephan

 

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