Entretien avec Marion Hänsel pour La tendresse

 La tendresse est le 11ème long métrage de Marion Hänsel et il sera sur nos écrans au mois de janvier. Dans cette attente, nous avons eu la chance de nous entretenir avec la réalisatrice belge par ailleurs coproductrice du québecois Diego Star. Avec nous elle revient sur les difficultés de productions et sur son dernier bébé déjà sur les écrans belges et français.

ST : Bonjour Marion, vous êtes de passages à Montréal afin de nous parler de votre dernier long métrage qui sortira chez nous en janvier…

MH : Oui, en effet et je reviens tout juste du festival de Moncton où nous présentions cette fin de semaine La tendresse hors compétition.

ST : Vous souhaitiez, avec votre dernier film, traiter de la rupture de manière positive mais sans pour autant en faire une comédie ou quelque-chose qui irait chercher un large public…

MH : En effet, mais j’ai conscience que mon travail ne s’adresse pas au mainstream. C’est ce que je suis, je fais des films d’auteurs minimalistes, intimistes. Je n’avais pas envie de faire une grosse comédie. C’est mon 11ème long métrage et j’ai toujours voulu faire des films pointus, des films que j’aimerais voir. Je ne veux pas prendre le spectateur pour un idiot mais bien pour une personne intelligente.

ST : Le financement, au niveau de la production, a dû être compliqué à trouver ?

MH : Il m’a pris deux ans ce qui, somme toute, est très raisonnable. Évidemment, lors des commissions, j’ai dû faire preuve de plus d’argumentaires que d’habitude : « Pourquoi le film n’est-il pas plus dramatique … ? etc.» Évidemment, cela n’a pas intéressé des institutions plus commerciales telles que Canal +…

ST : Est-ce qu’il est moins évident aujourd’hui’ de trouver du financement ?

MH : Il y a dix ans, il y avait encore de la place pour le film d’auteur. Aujourd’hui, il n’y en a presque plus. Si l’on choisit de ne pas mettre de « vedette à la mode » dans son film, c’est forcément beaucoup plus difficile. Mais attention, lorsque je dis « à la mode », par exemple Depardieu ne garantit plus rien, vous voyez…En France, c’est très formaté.

ST : Que signifie le marché québécois pour vous ?

MH : J’ai la chance d’avoir d’excellentes relations avec Armand Laffont (Axia Films) qui s’est engagé sur lecture de mon scénario. Je suis contente, nous devrions avoir une sortie à Montréal, Québec et peut-être Sherbrooke je crois…

ST : Réaliser et produire un film comme La tendresse pour vous qui êtes allée à Cannes, cela parait être un grand écart…

MH : Mes films sont des films de festival (soit des films d’auteur). Parfois nous avons la chance d’être sélectionné dans un festival de type A (Cannes, Berlin, San Sebastian…), et lorsque cela arrive, le film fait une grande carrière dans les festivals du monde entier. Aujourd’hui par exemple, il y a cinq copies de La tendresse qui tournent partout.

ST : Lors de notre entrevue avec Patrick Ridremont l’an dernier, ce dernier nous disait combien c’était important pour un film Belge d’être vu à l’international, est-ce aussi votre cas?

MH : Disons qu’en Belgique, les gens savent ce que je fais…mais il est certain que les festivals continuent à aider. C’est d’ailleurs drôle que vous parliez de Patrick, car cette fin de semaine à Moncton, son film a reçu le prix du public.

ST : Est-ce qu’il y a des choses que vous changeriez à votre film aujourd’hui ?

MH : Écoutez, pour le casting, je prendrais les mêmes…je les trouve vraiment parfaits.

J’ai peut-être un regret sur le plan d’ouverture dans la neige vierge…On aurait pu en laisser une minute de plus…Sinon c’est exactement le film que je voulais faire.

ST : Vous faites partie des coproducteurs de Diego Star, comment êtes-vous arrivés sur le projet?

MH : Au festival de Rotterdam, il y a un concept qui s’appelle CinemArt je crois, qui est comme une bourse où l’on peut proposer des dossiers de films qui sont alors mis dans un catalogue…

Il y a de cela quelques années (au moins trois ans), j’avais repéré le projet Diego Star. Le résumé me plaisait beaucoup ce qui explique que j’ai demandé à rencontrer Frederic Pelletier et son producteur. Finalement ils avaient une touche pour une coproduction France/Québec et m’ont donc fait part de leur souhait de coproduire uniquement avec la France.

Puis un an et demi plus tard, ils sont revenus vers moi car la France ne semblait plus être intéressée. J’étais alors toujours intéressée et l’on a réussi à trouver du financement en coproduction en Belgique. J’en suis assez fière.

ST : C’est vous qui avez, je crois, trouvé Issaka Sawadogo…Vous l’avez proposé pour le rôle…

MH : Ah non, je ne l’ai pas trouvé… Il était dans un court belge flamant tourné en Norvège, Exoticore, dans lequel il était formidable. Je l’avais contacté pour mon film Si le vent soulève les sables et j’avais même été le voir à Ouagadougou pour lui faire faire des essais.

Pour le rôle, il devait perdre 15 kg et il était encore une fois génial.

Je sais que Fréderic a vu Exoticore et mon film et c’est ce qui l’a convaincu de l’engager.

ST : Quel sera le positionnement de Diego Star à l’international ? Est-ce que la tournée des festivals qu’ont fait Fréderic Pelletier et ses acteurs cette année avec le film vise une sortie hors Canada ? Sont-elles déjà prévues ?

MH : C’est difficile de parler de sortie hors Canada pour le moment. De mon côté, j’ai contacté les distributeurs belges et ils trouvent que le film et le sujet sont trop noirs, trop difficiles. Cela ne sortira donc pas en salles en Belgique.

Pour la France, je crois qu’il n’y a encore rien de prévu à ce jour…Les distributeurs ne veulent pas prendre le risque et avoir à convaincre les exploitants.

Pour la tendresse, j’ai eu plus de chance car le film a été acheté dans plusieurs pays dont l’Australie…

 

 

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