Dogman : L’homme ou la bête

Italie, 2018
Note: ★★★★

 

Le paysage est fade, morne. Tout est delavé, presque sans vie. Dans cette petite ville anonyme d’Italie, un homme divorcé s’entend bien avec tout son voisinage. Toiletteur pour chien, Marcello (Marcello Fonte) est le genre de personne appréciée de tous. Le bien-être des autres semble d’ailleurs l’importer davantage que le sien, surtout celui de sa fille. Pourtant, son élan vers l’autre lui proposera un dilemme des plus confrontants.  

Avec ce rôle, Marcello Fonte, lauréat sur la Croisette du prix d’interprétation en 2018, sonde certains des pans les plus sombres de la nature humaine. Pourquoi faire le mal lorsque c’est le bien qu’on souhaite faire? Sans parvenir à y répondre, Marcello y sera confronté par l’entremise de Simone (Edoardo Pesce), un ancien boxeur connu pour son caractère bouillant.

Pris de pair sous l’œil du réalisateur Matteo Garrone (Tale of Tales en 2015 et Gomorra, Grand prix du jury au Festival de Cannes en 2008), ces personnages évoluent dans cette réalité où pour certains, la violence est l’unique solution. Réalisant une œuvre sur la nature humaine, le cinéaste laisse toute la place aux deux hommes dans ce film. La mise en scène pleine de sobriété ne vient qu’épauler le travail de Fonte et de Pesce, véritables moteurs de l’œuvre.

Le portrait initial de Marcello est sans équivoque. Seulement en le voyant dans sa boutique, craintif devant un chien agité, on comprend rapidement sa nature tendre. Et la première visite de Simone en rajoute au portrait. Malgré qu’il soit avec sa fille, Marcello est incapable de dire non à son ami qui cherche de la drogue.

Dans ce film sondant les zones d’ombres de la condition humaine, les personnages se doivent d’être à l’avant-plan. Avec son côté fondamentalement bon, Marcello est tout désigné. Il n’est toutefois pas blanc comme neige. Si Simone le terrorise, lui et d’autres membres du quartiers, Marcello ne s’empêche pas de le fréquenter, attiré qu’il est par l’interdit. C’est aussi de cette fascination qu’il devra rendre compte.

Mais la violence, pour Garrone, ne fait pas foi de tout. Le cinéaste ponctue son film de scènes qui viennent briser la tension narrative. Une scène de plongée toute en légèreté avec la fille de Marcello directement après une bagarre nous rappelle à quel point la tangente prise par le toiletteur est tout sauf naturelle. Même chose lorsque la violence est à son comble : le réalisateur préfère nous ramener aux chiens plutôt qu’aux hommes. Malgré tous les parallèles entre l’homme et la bête, Garrone nous souligne à quel point cette violence est anormale dans cette forme.

Avec Dogman, on plonge dans les recoins les plus sombres de l’homme. Grâce à sa réalisation posée, jamais extravagante, et au jeu de Marcello Fonte, le film explore cette réalité méconnue, sans jugement, à hauteur d’homme.

 

Durée: 1h42

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