Days : Sans permission d’être

Taiwan et France, 2020
Note : ★★

Tsai Ming-liang nous offre un film lent et contemplatif où ses quelques personnages vivent, la plupart du temps, dans le silence. Faisant des tâches ménagères ou des actions du quotidien, les deux protagonistes de Days sont peu expressifs, voire austères. C’est possiblement là que le film peut faire sens. Mais ça n’en fait pas un film particulièrement fascinant. Sélectionné au Festival International du Film de Berlin en 2020, le film risque d’en ennuyer plus d’un.

Kang (Kang-sheng Lee) vit dans une grande maison, seul, où il regarde patiemment les arbres à travers de grandes fenêtres. Un malaise s’empare de lui, ressenti dans tout son corps. De la campagne de Kang, on passe à l’intense urbanité de Bangkok. On nous introduit à Non (Anong Houngheuangsy), dans son appartement où ses tâches quotidiennes semblent se résumer à la préparation de repas traditionnels de son village. Les deux hommes se rencontrent dans une chambre d’hôtel où l’on découvre leur homosexualité.

Si l’on veut jouer le jeu de la similitude, il est évident que Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles serait une comparaison juste à cette différence que l’aspect politique se trouve moins dans la répétition et l’enfermement du geste que dans le film de Chantal Akerman. Non pas que Days soit moins politique, seulement que sa valeur politique se révèle dans le troisième et dernier acte; la scène dans la chambre d’hôtel.

Le long métrage (on insiste sur long) de Tsai Ming-liang prend son temps pour nous montrer les vies de ses deux personnages, vie répétitive et dénuée d’excitation. Sa réalisation est parfaitement ajustée à ce qu’il montre : caméra presque toujours fixe nous montrant des actions banales sans dialogue. On cherche alors le sens ailleurs comme dans de rares plans qui dérogent de cette mise en scène minimaliste. L’exemple qui vient en tête; un plan du visage au réveil d’un des protagonistes qui offre cette possibilité d’effet Koulechov, une projection de la part du spectateur de ses possibles drames intérieurs : son homosexualité non assumée, la pression sociale et son manque de tendresse et de contact humain. Le problème, pour plusieurs, c’est que ces choix de réalisation, et le peu d’éléments formels y dérogeant demandent une incroyable persévérance pour accéder à ce qui rend le film pertinent : le dernier acte.

Le cinéaste taiwanais sait très bien filmer la complexité intérieure des deux hommes dans leur rencontre. Cette dernière partie permet aux deux personnages de révéler leur richesse et leurs véritables drames. Leur homosexualité est, on le devine, taboue, voire interdite. Leurs échanges sont à la fois tristes et heureux, violents et sensibles, mais toujours justes. C’est là que le réalisateur et les deux acteurs brillent. Les deux derniers plans rendent toute l’humanité au film ainsi qu’aux protagonistes, faisant reconsidérer le film entier.

Si l’histoire en soi est digne d’être racontée, l’exécution de Tsai Ming-liang semble manquer de finesse ou du moins, d’incarnation pour la majorité du film. Cela dit, la froideur et le peu d’énergie avec lesquelles le film est réalisé répondent parfaitement à l’attitude respective des deux protagonistes, mais surtout répondent parfaitement à ce que la société leur permet seulement d’être. S’il est possible d’admirer ce respect de la forme, le film n’en est pas plus intéressant outre mesure. Il est évident que la réalité homosexuelle dans une ville comme Bangkok n’est pas celle de Montréal.

On peut s’investir dans les personnages, mais malheureusement il y a trop peu d’informations pour véritablement s’y accrocher ou même sympathiser.  Mais pour un film de deux heures, lent, sans dialogue, cette petite récompense est bien trop maigre pour dire que le visionnement de Days en vaille la peine. Allez voir, revoir (ou lire notre critique) Stray Dogs.

 

Bande-annonce originale :

Durée : 2h07
Crédits photos : Homegreen Films et La Lucarne

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