Page d'accueil Critiques de films Au Québec I, Daniel Blake : Flamme toujours vive [L’avis de Jules]

I, Daniel Blake : Flamme toujours vive [L’avis de Jules]

I, Daniel Blake : Flamme toujours vive [L’avis de Jules] 4.0
45
0
Note de l'auteur
Avec ce film, Ken Loach nous présente ce qu’il sait faire de mieux. Il trace une fresque sociale déchirante.
NOTE DU LECTEUR

Prenant l’affiche au Québec quelques jours après la marche du 1er mai célébrant la fête des travailleuses et des travailleurs, le film I, Daniel Blake tombe à point. À 80 ans, le vétéran cinéaste engagé Ken Loach est toujours habité par cette rage et ce besoin de dénoncer les injustices du système capitaliste qui ont fait sa marque. Il l’exprime ici plus puissamment que jamais.

Lauréat de la palme d’or au dernier festival de Cannes, le film raconte l’histoire de Daniel Blake (Dave Johns), un menuisier de 59 ans qui souffre de problèmes cardiaques. Son médecin lui interdit de travailler. Il se retrouve contraint pour la première fois de sa vie à faire appel à l’aide sociale. Or, l’État le considère au contraire toujours apte à travailler malgré sa condition. Le pauvre homme doit vivre un calvaire administratif complètement aberrant. Au centre d’emploi, il croise Katie (Hayley Squires), une jeune mère monoparentale elle aussi victime des complications du système qui l’oblige à déménager à 450 km de sa ville natale pour ne pas être placé en foyer et perdre la garde de ses enfants. Ensemble, ils s’entraideront et tenteront de lutter contre ces injustices.

Avec ce film, Ken Loach nous présente ce qu’il sait faire de mieux. Il trace une fresque sociale déchirante. Certaines scènes, dont une se déroulant dans une banque alimentaire où le personnage de Katie, affamée et honteuse, éclate en larme, sont absolument bouleversantes. Le film n’est pas pour autant plaintif et larmoyant. En présentant le vécu des personnages avec un grand souci de réalisme, le film devient une œuvre éclairante qui nous pousse à la réflexion. Son propos social est pertinent et abordé de façon très juste, avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité. Il ne fait peut-être pas dans la subtilité mais au moins le message passe.

Le film est un superbe majeur en l’air au système capitaliste. C’est avec une fervente colère que le cinéaste britannique pointe du doigt les injustices engendrées par les pratiques néolibérales toujours plus impitoyables. Il dénonce ce système qui enfonce le citoyen au lieu de le défendre. Il s’oppose fièrement au néo-libéralisme et à la privatisation des services publics. Le film réussit à traduire ce sentiment de dignité, ce refus de se laisser dévorer par le système, de se laisser humilier. C’est véritablement une ode à la résilience, à la détermination et à la solidarité.

I, Daniel Blake avec Dave Johns et Hayley Squires
Crédit photo: Allocine

Plein de colère certes, I, Daniel Blake est également empreint d’une bonne dose d’humanisme et d’empathie. Malgré la dureté du sujet, le cinéaste anglais sait se faire sensible et touchant. Dans le gris ambiant et la froideur de cette misère sociale se trouvent de magnifiques personnages aux cœurs tendres. Ken Loach est très attentif à ses personnages, à qui il confère beaucoup d’humanité. Sa mise en scène est modeste et effacée pour laisser toute la place aux personnages. Il se concentre plutôt sur la direction d’acteur. Dans le rôle de Daniel Blake, l’humoriste anglais Dave Johns offre une performance exceptionnelle, pleine de vérité. La relation que le personnage entretient avec la famille de Katie est émouvante. D’un point de vue économique et politique, le film dépeint une société sans espoir. Loach nous indique que l’espoir se trouve plutôt dans des sphères plus humaines telles l’amitié, l’entraide et l’amour.

La finale du film englobe toute les qualités de ce que le cinéaste nous a présenté plus tôt. Elle est touchante, choquante, bouleversante. On sort de la salle de projection ému et frustré tout à la fois. Avec le désir de changer les choses, de faciliter l’accès au bonheur toujours contrarié par les politiques administratives hypocrites et volontairement inefficaces qui ne servent qu’à empoisonner la vie. C’est aussi à ça que sert le cinéma. Dans un sens, nous sommes tous Daniel Blake.

Pour lire l’avis d’Alexandre:  I, Daniel Blake : J’accuse!

(45)

Incrivez-vous à notre infolettre!
Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
Nous détestons les spam. Votre adresse courriel ne sera pas vendue ou partagée avec quelqu'un d'autre. Promis!
Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

Bandes-annonces

Archives