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Colossal: Monstre à échelle humaine [Critique de film]

Colossal: Monstre à échelle humaine  [Critique de film] 3.5
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Note de l'auteur
Une très belle façon de renouveler le genre du film de monstre, de raffiner sa recette habituelle en y ajoutant de bonnes doses d’humanité, de complexité psychologique et d’humour.
NOTE DU LECTEUR

Alors qu’Hollywood crée MonsterVerse, une nouvelle franchise de films de monstre partageant le même univers fictionnel, comprenant déjà le Godzilla de 2014 et le récent Kong : Skull Island, c’est plutôt vers Colossal du cinéaste espagnol Nacho Vigalondo que les projecteurs devraient se tourner.

Franchement sympathique et beaucoup plus intéressant, le film propose, comme Godzilla, une histoire de monstre géant qui détruit une ville asiatique mais son approche est quelque peu différente…

Gloria, interprétée par Anne Hathaway, est une fille de party, constamment sous l’effet de l’alcool, qui habite dans la grande ville de New York. Un matin, alors qu’elle rentre d’une nuit arrosée, son copain, exaspéré par son comportement erratique, décide de la mettre dehors de leur appartement. Désarçonnée et sans domicile, Gloria devra retourner vivre dans sa ville natale où elle recroisera un vieil ami d’enfance, Oscar, interprété par Jason Sudeikis. Propriétaire d’un bar et désireux de donner un coup de pouce à sa vielle amie, ce dernier l’engagera comme serveuse. Ensemble, et avec deux autres compagnons, ils continueront la vie de débauche à laquelle Gloria est habituée, et ce, longtemps après la fermeture du bar, jusqu’aux petites heures du matin. Un jour, alors qu’elle dégrise en regardant les nouvelles à la télé, elle voit qu’un monstre géant est apparu dans la ville de Séoul créant la panique et un chaos général. Étrangement, Gloria remarque dans les mouvements de ce monstre des gestes qui lui sont familiers… Familiers car ce sont des gestes semblables à ceux qu’elle a posés elle-même ce matin-là alors qu’elle était encore intoxiquée. Et si Gloria et le monstre terrorisant Séoul étaient reliés…?

Colossal avec Jason Sudeikis et Anne Hathaway
Crédit: CinemaClubFR

En plus de réaliser le film, Nacho Vigalondo a écrit le scénario. Originale, étrange et unique, c’est une super idée qui camoufle un second degré, abordant des thèmes plus importants liés à la condition humaine. Le scénario propose ainsi une métaphore et des réflexions sur l’alcoolisme, l’ennui, la jalousie, l’autodestruction et le mal de vivre. Évidemment, vu le sujet, une femme alcoolisée qui fait apparaître un monstre destructeur, le tout peut paraître quelque peu moralisateur. N’empêche, c’est une très belle façon de renouveler le genre du film de monstre, de raffiner sa recette habituelle en y ajoutant de bonnes doses d’humanité, de complexité psychologique et d’humour.

Malgré son originalité, le scénario n’est pourtant pas parfait. Comme on comprend le concept assez rapidement, Colossal se fait un peu lent et répétitif par moments. De plus, le lieu et l’heure de l’apparition du monstre étant toujours les mêmes, ce principe ajoute au caractère quelque peu redondante de l’œuvre.

Le scénario comprend aussi quelques incohérences et raccourcis. Les transformations psychologiques des personnages principaux se font un peu rapidement alors que les personnages secondaires manquent parfois de nuances ou de profondeur. Le film passe assez drastiquement de la comédie de science-fiction absurde au thriller psychologique et, même si on peut apprécier l’effet de surprise d’un changement de registre à l’intérieur d’un film, dans ce cas-ci la transition ne se fait pas naturellement, ce qui peut dérouter le spectateur et pas nécessairement dans le bon sens du terme. Ceci dit, heureusement, le charme général qui se dégage du film incite à lui pardonner toutes ces petites erreurs.

Le charme de Colossal repose d’ailleurs, en très grande partie, sur sa tête d’affiche, Anne Hathaway. Elle y tient fort probablement l’un de ses meilleurs rôles. Elle apparaît pétillante, charismatique, drôle et attachante. Son personnage présente un modèle de femme imparfaite et vulnérable mais néanmoins forte et inspirante. Grâce a elle, le film a une belle portée féministe. On sent toute l’admiration que le cinéaste a pour elle, dans la façon qu’il la filme, en laissant son visage et surtout ses yeux, très expressifs et vivants, traduire ses émotions.

Bref, chez Cinémaniak, on choisit Anne Hathaway comme monstre bien avant King Kong ou Godzilla.

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier

Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur.

Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement.

Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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