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Le cinéma québécois en 2017 (Les 5 ans de Cinémaniak)

Le cinéma québécois en 2017 (Les 5 ans de Cinémaniak)
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Pour fêter ses cinq ans, Cinémaniak se replonge dans ses souvenirs pour aller chercher ce qui a marqué le milieu du cinéma québécois depuis 2012, année de la création du site, et faire un constat de la situation actuelle de notre septième art.

Les cinq dernières années cinématographiques ont été marquées par l’exode de nos meilleurs et plus populaires cinéastes vers l’étranger. Denis Villeneuve, réalisateur révélé au monde entier grâce à son puissant Incendies, est la figure de proue de ce phénomène. Au cours des dernières années, il a nous a offert pas moins de quatre productions américaines Enemy, Prisoners, Sicario et Arrival, toutes applaudies par la critique. La sortie de son Blade Runner 2049 est attendue cet automne et Villeneuve est déjà sélectionné pour réaliser le remake de Dunes de David Lynch. Dans ce groupe de cinéastes en migration, on retrouve également Jean-Marc Vallée (Dallas Buyers Club, Wild et, plus récemment, la nouvelle série de HBO, Little Big Lies), Philippe Falardeau (The Big Lie et bientôt The Bleeder) et évidemment Xavier Dolan qui, après avoir rassemblé la crème de la crème du cinéma français dans Juste la fin du monde, s’apprête à nous présenter The Life and Death of John F. Donovan, un des films les plus attendus des cinéphiles.

cinéma québécois en 2017
Xavier Dolan, Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée

Crédit photo: Cineplex

Faut-il voir cet exode d’un bon œil ? Dans un sens oui. Nos cinéastes québécois n’ont jamais été aussi bien représentés à l’international. Ils arrivent à créer des films de qualité même aux États-Unis. Ils rassemblent la critique et le public, tout en gardant leur authenticité et leur vision propre. Même à Hollywood, Denis Villeneuve fait encore du Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée fait encore du Jean-Marc Vallée. De plus, ils emmènent souvent leur équipe avec eux et font ainsi rayonner les différents artisans du cinéma québécois. La preuve : le récent Oscar remis à Sylvain Bellemare pour le montage sonore d’Arrival.

Mais que réserve l’avenir aux cinéastes québécois désireux de faire du cinéma… québécois ? Est-ce que la seule voix de réussite est de quitter le Québec justement ? Dit comme ça, cet exode nous paraît un peu triste, comme si la réussite dans le milieu du cinéma au Québec seulement n’était pas assez valorisante. Pourtant, il ne manque pas de talentueux créateurs dans notre belle province. Le débat qui a alimenté les discussions dans le milieu entre les cinéastes à qui on reproche de faire du cinéma gris et déprimant et ceux accusés de prioriser les recettes commerciales aurait-il fait long feu ?On sent en effet comme un doux vent de jeunesse dans l’industrie venant de jeunes créateurs, notamment parmi ceux et celles qui ne travaillent pas encore dans le long-métrage.

cinéma québécois en 2017
Mylène Mackay et Mickaël Gouin dans l’Âge Adulte

Crédit photo: Showbizz.net

De plus en plus, l’heure est à la web-série et aux courts-métrages. Des web-séries comme Mouvement deluxe, Switch & Bitch, Nouvelle administration, Féminin/Féminin, Papa, Les presqu’histoires ou L’âge adulte sont originales et apportent un souffle de fraîcheur et de jeunesse dans l’industrie du film québécois en plus de permettre une diffusion plus large et de révéler des créateurs de talents tels que Chloé Robichaud, François Jaros ou Akim Gagnon. Ce même talent s’exprime aussi dans le court-métrage. Les courts-métrages québécois sont souvent de niveau international. S’ils ne sont pas assez vus par le grand public, ils font quand même voyager leurs créateurs dans les festivals les plus réputés du monde. On peut récemment prendre l’exemple de Oh What a Wonderful Feeling de François Jaros qui a été présenté un peu partout, notamment dans le cadre de la Semaine de la critique du prestigieux Festival de Cannes. Ce genre de films aurait tout avantage à être diffusé plus largement au Québec. Récemment, le court-métrage d’Alexandre Dostie, Mutants, était présenté en salle juste avant le film Prank de Vincent Biron et, en 2014, on présentait Bernard le grand de Philippe Lupien et Marie-Hélène Viens en première partie de 1987 de Ricardo Trogi. Ces deux cas sont d’excellentes initiatives de la part des distributeurs qu’il serait important de répéter pour encourager le cinéma québécois sous toutes ces formes. Pourquoi tous les cinémas de la province ne projetterait-il pas un court-métrage avant leur programme principal ? Tout le monde y gagnerait.

L’un des plus grands drames du cinéma québécois des cinq dernières années demeure la fermeture de l’Excentris en novembre 2015. Le cinéma diffuseur de films d’auteur du boulevard Saint-Laurent est devenu insolvable à cause d’un problème d’accès aux films. Le cinéma Excentris s’est vu refuser en 2015 la distribution de plusieurs films d’auteur à plus grande portée qui aurait pu lui sauver la vie comme, par exemple,The Hateful Eight de Quentin Tarantino. Il avait pourtant pu présenter Django Unchained en 2012. On disait qu’il ne lui manquait que quatre films du genre, en mesure de lui rapporter environ  200 000 $, pour assurer sa survie. En signant des contrats d’exclusivité avec les distributeurs, certains Cinéplex empêchaient ainsi l’Excentris d’obtenir ces films.

cinéma québécois en 2017
Le cinéma Excentris a fermé ses portes en novembre 2015.

Crédit photo: Arts Montréal

Bref, plus que jamais, il est important d’encourager notre cinéma local. Allez voir des films en salles, allez au Cinéma du Parc, au Cinéma Beaubien, à la Cinémathèque. En-dehors des grandes villes, des alternatives existent comme « Panache Cinéma » qui permet d’organiser des projections de films d’auteur québécois dans des cinémas de région où ils ne seraient normalement jamais distribués. Pour ce qui est des maisons de production, il serait peut-être temps de limiter le nombre de suites de Nitro, De père en Flic ou de Bon Cop Bad Cop, pour plutôt financer des œuvres de meilleure qualité. On annonçait récemment le début de la production de la suite du film de hockey Pee Wee 3D, intitulée Junior majeur, avec un budget de 6,8 millions de dollars. Avec 6,8 millions on aurait pu financer au moins trois bons films d’auteur… C’est un constat particulièrement frustrant considérant le potentiel créatif de nos jeunes cinéastes.

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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