Chloé Robichaud

Originaire de Québec, Chloé Robichaud a seulement 26 ans !

C’est pourtant l’un des plus grands espoirs du cinéma québecois avec déjà des court métrages qui ont fait le tour du monde et un premier long, Sarah préfère la course, qui fut sélectionné l’an dernier en catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes. (ce fut aussi le film québecois préféré de la rédaction de Cinemaniak)

Passionnée de cinéma depuis son tout jeune âge, elle est revenue avec nous sur ses goûts, son année 2013 incroyable et bien d’autres projets qui lui tiennent à cœur…

Syril Tiar : En plein RVCQ et à quelques jours des Jutras, aujourd’hui quel est ton état d’esprit ?

Chloé Robichaud : Je suis assez contente d’avoir eu le prix Gilles Carle. Je pense que cela concrétisait quelque chose, c’était la fin de Sarah…C’était un peu sa dernière projection officielle en sol québécois

C’était très flatteur, je suis contente. La dernière année a été merveilleuse. J’ai réussi à avoir un premier long métrage sur grand écran, soit un de mes premiers objectifs.

Ce sont des moments inoubliables. C’est vrai qu’il y a eu Cannes qui était un moment grandiose dans ma jeune carrière…Mais cela vient aussi avec plus de critiques car forcement il y a plus d’attention sur le film. Le regard et les attentes sont différents. Les gens avaient plus l’intérêt de le voir. Cela a attiré l’attention.

Les critiques ont été généralement bonne.

Cela a été une année d’apprentissage. Je viens du monde du court métrage qui est plus à l’abri des médias. J’ai été catapulté dans le monde du long métrage; c’était un apprentissage de cette vie médiatique

Pas trop de stress par rapport à l’éviction relative de Sarah aux Jutras ?

Je ne cacherai pas qu’il y a eu une déception, cela serait vraiment mentir que de dire ça…Je l’espérais beaucoup pour certaines personnes de mon équipe…Pour Sophie Desmarais, c’était très dommage

Je ne cache pas ma déception; en même temps c’est juste des prix et l’on ne fait pas des films pour gagner des prix. Je continue mon chemin, je sens que j’ai des gens qui croient en moi.

Je ne pense pas que les prix changeront quelque chose à la suite de ma carrière.

Il y a tellement de bons films qui se sont fait cette année au Québec…. Je pense que les cinq films nominés dans la catégorie meilleure film ont le droit d’être là.

Je crois plutôt qu’il y a eu une erreur dans les catégories d’interprétation, voir les catégories techniques.

Disons que cela était relativement surprenant lorsqu’on voit le peu d’entrées qu’avait fait La Chasse au Godard d’Abbittibbi par exemple….

Oui c’est vrai

Si l’on revient sur ton année 2013, cette aventure, peux-tu revenir sur le destin du film à parti du moment où il est sélectionné…

En janvier dernier, on finit le film; il est ensuite présélectionné pour Cannes au niveau du Canada et envoyé en France… C’est alors une très bonne nouvelle et lorsque j’ai su en avril que l’on était dans la catégorie « Un certain Regard » c’était comme un rêve qui se réalisait.

En plus j’étais à Cannes l’année d’avant pour mon court métrage et il me semblait qu’un certain regard serait parfait pour Sarah préfère la course. Ce sont des films audacieux, un peu en marge.

Ce n’est pas du tout une sous-catégorie; les meilleures surprises sortent de cette catégorie chaque année

La mission de cette section est de faire découvrir certains réalisateurs. C’est une catégorie prestigieuse. Pour moi c’était un honneur !

Chloe+Robichaud+Sarah+Prefere+La+Course+Photo+uXFgYU6gTwHl

Combien de temps es-tu restée à Cannes ?

J’y suis resté les deux semaines car je voulais vivre le festival au complet.

Pour Chef de meute, j’étais resté une dizaine de jours.

Là j’étais disponible pendant deux semaines. Mon attaché de presse a donc adapté mon agenda pour les entrevues. Et j’étais là avec Fanny (Laure Malo) ma productrice car c’est très important aussi pour les producteurs d’être là notamment pour la distribution.

En effet, est-ce qu’il y a finalement une sortie prévue pour la France ?

Oui ! Pour le mois de mai …donc c’est une bonne nouvelle.

Thierry Fremaux a dit de jolies choses sur toi, sur ton cinéma et ton univers…Le film n’est pas sans rappeler un certain Xavier dans cette catégorie. Le connais-tu et avais tu échangé avec lui sur son expérience ?

Non, j’ai croisé Xavier le temps d’une entrevue avant mon départ pour Cannes. Malheureusement on est très occupé tous les deux et nos chemins ne se sont pas recroisés

Mais, vu que j’avais eu des courts métrages sélectionnés dans le passé, je connaissais déjà les lieux, l’atmosphère…

Donc, je suis arrivé là assez calme…Je n’étais pas lancé dans l’inconnu; Bon quand tu le vis, c’est certain qu’il y a l’émotion qui est là…

Tu as dit dans la presse que Sarah avait un côté très biographique mais on peut voir que le film n’est jamais nombrilisme… Par exemple les films de Valérie Bruni-Tedeschi sont très autocentrés…Lorsque j’ai vu Sarah, je ne me suis pas senti comme si l’on me présentait quelque chose de biographique. Est-ce que c’est quelque-chose sur lequel tu as mis de l’énergie à l’écriture ?

Le personnage est quand même loin de moi; On a vécu des choses semblables mais j’ai créé un personnage de fiction. C’était important que cela n’ai pas trop l’air de certains reflets de ma personnalité. Sarah est très introvertie…Ok, je ne pense pas être la fille la plus extravertie mais je ne m’identifie pas non plus à Sarah.

Je dirais que ce qu’on a en commun c’est qu’on avait toutes les deux un rêve qui était particulier…Dans le cas de Sarah c’est la course, dans le miens, c’est d’être réalisatrice… Dans les deux cas, c’est extrêmement difficile d’en faire un métier…

Il y a beaucoup de sacrifices que j’ai dû faire comme étudier en cinéma…on paie beaucoup pour les court métrages…

Je ne me suis pas marié pour obtenir des prêts et bourses mais disons que je voyais des gens le faire autour de moi. C’est un scénario qui est inspiré de mon vécu et de celui de mon entourage

Comment est-ce qu’on écrit un film comme Sarah ?

Sarah était écrit à 80% lorsque j’ai écrit Chef de meute. J’ai commencé à mon début vingtaine.

Au fil de mes cours à l’université…justement en cours de scénario, j’en profitais pour travailler cette idée-là. Je voulais un film qui soit basé sur une étude de personnage. Tout est basé sur Sarah, je voulais qu’elle soit de chaque scène

Avec l’optique d’un jour le monter ?

Oui je n’ai jamais eu l’intention qu’il reste sur le papier. C’était clair que je voulais le réaliser et avant mes 25 ans

J’ai toujours dit que c’était le moment de le réaliser; Je ne pense pas que je l’aurais réalisé de la même façon à mes quarante ans.

Là tu commences au début vingtaine, cela te prend donc plusieurs années…

Après le succès de Chef de meute, on était déjà en dépôt à la Sodec…En fait le timing était très bon car le succès du court a aidé à obtenir les accords de la Sodec et de Telefilm Canada.

L’ironie c’était que j’avais déjà fait un dépôt à Telefilm et la Sodec et ils m’avaient dit qu’ils attendaient un court sans l’aide d’une institution scolaire.

Tout ça était dans le but de prouver aux institutions que je pouvais faire un long métrage

A par son chien, est-ce qu’on peut dire que Chef de meute était à un certain niveau autobiographique ?

Encore là, j’ai construit un personnage de fiction qui est quand même loin de moi.

Je suis quelqu’un qui cherche sa place dans la vie.

J’ai choisi un métier où il n’y a forcément beaucoup de femmes…Je suis très jeune et assez réservé…donc c’est plus difficile de prendre sa place dans la société…

Est-ce que tu penserais que tes succès précédents te donnent cette légitimité là aujourd’hui ?

Oui…Enfin j’ai toujours senti que j’avais ma place…C’est de la faire qui était différent.

Je pense que j’aurais toujours à construire cette place…Il faudra toujours que je travaille fort.

Le succès me permet de me sentir plus en confiance; 2013 m’a donné une bonne énergie.

On retrouve dans Chef de Meute toute une équipe à qui tu fais confiance, qui est là sur Sarah

Je travaille beaucoup avec les mêmes personnes devant et derrière la caméra

Sur Féminin Féminin ce n’est pas Jessica Lee Gagné qui est à la photo mais Olivier Gossot; en fait, j’alterne entre les deux en fonction aussi de leur horaire. Olivier est extrêmement talentueux et fais les choses avec cœur. Je vais faire mon prochain long avec Jessica.

Lorsque tu passes d’un projet à un autre avec les mêmes personnes, tu t’améliores. Tu apprends à connaître les personnalités de l’autre; je suis quelqu’un de fidèle dans la vie en même temps. Avec Jessica, on se connait depuis l’âge de 17 ans. On se parle beaucoup en pré-prod mais on est extrêmement efficace après sur un tournage. On se connait par cœur !

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Au niveau direction artistique, il y a également tous les mêmes acteurs sur Chef de meute et Sarah

C’est dans la même optique du fait qu’on s’améliore ensemble; je développe une complicité avec certaines personnes. C’est comme une famille qu’on construit …C’est important qu’on se sente bien avec ses personnes sur un plateau

Dans ce contexte-là, comment découvre-t-on que Sophie Desmarais va devenir une Sarah ?

Certain trouvaient cela comme un drôle de choix; même Sophie trouvait ça intéressant que je lui propose… Moi j’ai vu son talent (notamment dans Décharge). Son regard est très intense. Elle parle avec les yeux, les silences elle les joue…Ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça. Je savais que j’avais besoin d’une actrice capable de jouer l’intériorité

J’avais besoin d’une Sarah délicate, renfermée…Sophie est selon moi l’une des meilleures comédiennes que l’on ait actuellement

Je suis contente pour elle, elle a tellement travaillé fort sur Sarah…J’ai vu l’effet à Cannes…Le premier jour, personne ne savait qui on était. Après la projection du film, les gens criaient le nom de Sophie. J’ai compris qu’elle avait un immense potentiel. Moi je pense qu’elle peut vraiment devenir quelqu’un à l’international dans deux trois ans…peut-être être en France…

Je pense qu’elle va surprendre tout le monde. J’ai senti un intérêt très fort des européens sur Sophie…

Sarah est ensuite allé au Tiff, il restait quelques festivals en début d’année…

Oui on a fait beaucoup de festivals (45) il en reste encore… On en a jusqu’à mai je crois…et la boucle sera bouclée avec la sortie en France. En général, il y a un an de festivals

Dans tes nouveaux projets, il a Feminin Feminin, sorte de parenthèse avant ton prochain long métrage.

On a tourné le pilote et les autres épisodes vont être tournés en avril. C’est très différent de Sarah. Mais le web m’a donné l’envie de faire quelque chose plus dans la spontanéité.

Mes films en sont très loin. C’est comme moi jeune, Chloé qui a 25 ans et qui a envie de s’éclater… dans le plaisir.

Pour ce projet, l’équipe n’est pas forcement la même….Je voulais savoir comment tu situais ce nouveau projet ?

Je serai, je pense, toujours une fille de grand écran, de cinéma…Mais j’ai aimé le pari, c’est un beau pari…comme une bulle dans ma carrière.

J’ai beaucoup aimé le côté docu-fiction un peu comme a fait Maïwenn…

C’est quelque chose qui va continuer dans certains autres épisodes…J’aimais bien le côté film dans le film.

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Donc une web série de huit épisodes dont sept à venir…

A partir de la mi-juin, on va sortir un épisode par semaine en ligne sur lezspreadtheword.com   Cela sera ouvert pour le monde entier. On voulait rejoindre la plus grande communauté.

Est-ce que tu n’as pas peur d’être érigée comme la figure du mouvement LGBT ?

Je ne fais pas ça pour être porte étendard…par contre on a tellement peu de modèles…de femmes ouvertement lesbiennes connues du public. Je n’ai pas envie de cacher cette facette-là de ma personne. En même temps j’ai toujours dis que je ne ferai pas que des films là-dessus. Je m’intéresse à différents types de personnalités…

Étais-tu allé à Imagination ?

Oui, Sarah y a été présenté

Comment t’es venu l’idée de Féminin Féminin ?

L’idée originale est de Florence Gagnon qui m’a approché pour son site et qu’elle voulait faire une websérie. Elle voulait quelque chose qui traite l’homosexualité de manière positive. Nous avons travaillé ensemble sur les personnages et les problématiques. Ce fut très spontané.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton prochain long métrage ?

Nous sommes encore en pré-production; Cela s’appelle Pays et cela va parler de femmes impliquées dans la sphère politique. Sophie Desmarais et Helene Florent sont confirmées sur le projet. Ce sera un film extrêmement complexe…

A quel moment t’est venue l’idée ?

J’étais en pré-production du tournage de Sarah…à deux semaines du tournage…Je me suis rendu compte qu’une histoire de trois femmes dans une sphère politique pouvait avoir un intérêt…

As-tu des réflexions sur l’état du cinéma québécois; comment vois-tu ça de ton point de vue ?

Je crois qu’on en parle trop…Cela donne une mauvaise image au public…je ne suis pas certain que cela les encourage à aller voir le cinéma québécois. Il y a vraiment un très bon cinéma d’auteur au Québec… Peut-être que certain films commerciaux n’ont pas assez fait d’argent dans les dernières années… je ne sais pas.

Moi je rêve de faire un film d’auteur comme Incendie qui a été faire trois millions au box-office… On ne fait pas des films pour rester dans l’anonymat non plus. On peut faire un cinéma intelligent et divertissant dans le même temps; Denys Arcand nous l’a bien prouvé dans le passé.

Quels sont les films du début des années 2000 qui t’ont vraiment marqué ?

Les invasions barbares de Denys Arcand justement. The Hours de Stephen Daldry

Lost in Translation de Sofia Copolla. Tree of Life de Terrence Malik et Beginers de Mike Mills.

Des films très différents !

 

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