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La chanteuse BARBARA par Mathieu Amalric [CINEMANIA]

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Il y avait beaucoup d’attentes, beaucoup de perspectives possibles, un emploi du temps un peu dense du côté Amalric (personnage clé chez Arnaud Desplechin dans LES FANTÔMES D’ISMAËL tout en préparant BARBARA) puis de la « divinado/idolâtrerie » à contenir en ce film, et chez les spectateurs, et chez les artistes le construisant, et chez ceux qui ont bien connu Barbara, qui ne peuvent presque rien en dire (sinon qu’il fallait l’avoir rencontrée) ; enfin, parce que c’est un « anniversaire » à marquer. Barbara ne « déambulant plus dans les rues de Paris » depuis le 25 novembre 1997 : cela fait 20 ans déjà, son ultime « rendez-vous».

« Simplement dire je t’aime, je n’ose pas… »

Barbara c’est une icône française, parce qu’elle a réussi une chose bien sincère et finalement assez singulière : celle de se faire apprécier de ceux qui pourraient l’aimer totalement, mais qui la trouvent irrémédiablement trop triste sans la détester, et ceux qui lui attribuent une étrange joie de vivre, car elle propose, au cœur de ses chansons, une forme de réconfort pour tous et d’apaisement qui nourrissent un « je » qui dépasse le moi solitaire. Étonnant personnage, altruiste inextinguible et femme secrète à souhait : comment lui rendre hommage ou parvenir à la décrire?

En somme c’était quelqu’un qui faisait de la grandiloquence des affects, au travers d’un maniérisme d’apparat, naître une passion complètement intime et pourtant réemployable à l’envi. Jeanne Balibar a ce mot juste : « c’est l’écrivain public de nos déclarations d’amour ». Alors, l’enjeu est grand pour Mathieu Amalric, père de deux enfants avec Jeanne Balibar : celui de dédier un film affectif, empreint d’amour indéfectible qui évoque Barbara, à travers l’aimée Jeanne puis qui laisse à ceux qui connaissent l’une, une reconnaissance envers l’autre qui témoigne aujourd’hui.  

La chanteuse BARBARA par Mathieu Amalric

Les fantômes d’Amalric 

Mathieu Amalric joue dans le film qu’il réalise sous l’identité du personnage du réalisateur : Yves Zand (ce patronyme étant le nom de jeune fille de la mère d’Amalric) face à Brigitte, une diva qui revient à Paris et qui accepte de tourner pour lui Barbara (c’est Jeanne Balibar) : on lui loue un appartement pour se préparer, on y apporte un piano, elle y répète à l’aide de vidéos, de partitions ou de textes, de paroles, de gestes et d’épuisement, ce rôle, qui est en tournage. Elle se rend sur le plateau pour y tourner de longues séquences, mais aussi pérégrine lors de ses jours de repos pour découvrir les lieux de vie de Barbara : elle joue, accueille le réalisateur à pas d’heure, perd sa juste distance en travaillant beaucoup… Après les prises, quand le piano qui sert au film est au hangar, elle se prépare encore, et chante, et expérimente, et trouve. Et Mathieu Amalric filme, tout ça, évidemment.

Le temps ne compte pas, à chaque instant des locations de tournage, Jeanne Balibar, puisqu’elle est Brigitte, travaille son piano, met à l’épreuve son rôle, jusqu’à ce que le spectateur s’y méprenne entre Jeanne et Barbara, jusqu’à ce que nous, dans un subtil (ré)confort, nous nous laissions faire et porter sans vouloir finalement distinguer les trois femmes, on admet ce qui fantômatise le réalisateur, l’actrice, le rôle ou la personne incarnée. Au fond, le fameux « qui est qui? » : on vient à le dépasser au profit du témoignage, de l’enquête sur la vie de Barbara que mène l’équipe du film dans une complication, propre aux métiers du cinéma. L’important, c’est qu’on saisisse la Diva, le Fantôme, la Femme, La Chanteuse : Barbara, donc. Non?

La chanteuse BARBARA par Mathieu Amalric

L’Illusion-cinéma autobiographique

Matériellement, entre images d’archives et reconstitutions, entre recherches d’actrice (s) et incarnation de l’auteur du film et de…l’auteure des chansons, BARBARA chante beaucoup : loin d’être un biopic, ce n’est ni un documentaire, ni un tour de chant, mais presque un musical, sans comédie, sans jamais un mot qui ne s’inscrive dans ce que Barbara, la véritable, n’aurait pu dire, ni même a dit. Le spectateur se trouve dans un immense train fantôme où seuls les dires de Barbara et les paroles de ses chansons nous renseignent sur ce qu’il faut savoir de la vie de l’interprète, et c’est ici la grande force du film : le « faire sentir » contre le « tout dire ».

La musique en partage

Si vous trouvez que la forme est compliquée, si vous pensez qu’un biopic à l’américaine aurait été plus instructif, vous avez tort, car, au fond, Barbara, si on lui est fidèle, ne voulait pas d’épanchement sur des instants de vie (tragiques ou engagés), sur des apesanteurs laborieuses, elle dit « je ne suis pas poète, je fais du zinzin » : elle fait de la musique sans en lire les notes, elle écrit des textes pour qu’ils servent, elle chante pour être aimée, elle dit sa vie, car elle pense bien que c’est la nôtre, au fond.

Son biopic, s’il en avait fait un, serait le sondage de tous nos moments d’égarement, lorsqu’on veut compter pour quelqu’un ou pour quelque chose et qu’on ne sait pas le dire. Même si Gérard Depardieu a dit : « On ne sent pas l’immense humanité » de Barbara dans ce film, on a envie de lui répondre « Faites-nous confiance, Monsieur, on sait écouter une chanson, l’intonation d’une voix parlée, une passion qui s’offre à cœur battant ». Si vous écoutez, chanter, prosodier, que ce soit Balibar ou Barbara, ce film est d’une grande émotion.

BARBARA de Mathieu Amalric, outre le Prix Jean Vigo décerné en France, a reçu le « Prix de la Poésie » spécialement créé par le jury d’Uma Thurman, présidente d’« Un certain Regard » au Festival de Cannes 2017.

Auteur: Pauline Guilmot

 

BARBARA sera présenté les 4 et 5 novembre au Cinéma Impérial dans le cadre du festival CINEMANIA

 

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