Cavalo Dinheiro

Un film qui, s’il offre plusieurs moments puissants, est trop austère et hermétique pour habiter véritablement le spectateur…♥♥½

Retour à Fontainhas. Après Ossos, Dans la chambre de Vanda et Colossal Youth, Pedro Costa poursuit l’exhumation crépusculaire de son quartier lisbonnais fétiche, où se sont longtemps exilés les esprits déchus de la Révolution cap-verdienne. Ventura, maçon au civil devenu la charpente spectrale incontournable du grand formaliste portugais, revient hanter l’intemporel Horse Money. . À la manière d’un petit précis d’abstraction narrative, Costa transforme un sanatorium futuriste en un curieux théâtre dédalique où viennent se heurter l’écho des tranchées et le mémorial imaginaire de réfugiés clandestins biffés des livres d’histoire et des registres officiels.

Le cinéma de Pedro Costa continue de troubler le spectateur. Insaisissable, rigide, il semble évoluer dans un monde connu de lui seul qui régit à des règles qui lui sont propres. À l’image des films les plus récents du cinéaste (nommément la trilogie Fontainhas), Cavalo Dinheiro est un film tout en mystère dans lequel s’entremêle passé, présent et futur à travers une série de personnages iconoclastes et intrigants. Les paroles échangées sont denses, la caméra les enferme dans une série de flous savamment orchestrée et de clairs obscurs puissants dans lesquelles les contrastes sont frappants. Le travail de Pedro Costa et de son directeur photo Leonardo Simoes est en ce sens excellent. Sobre, mais mémorable, il permet de se marier magnifiquement à la composition de Ventura qui est, charnelle et poignante tout au long du récit.

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Par contre, un peu comme les films plus contemporains du cinéaste, le monde qui est dépeint chez Pedro Costa est d’une telle densité, empli de mystères et de non-dits enrobés d’un style aussi lourd que magnifique, que le spectateur peine à y trouver une porte d’entrée. Au fur et à mesure que son oeuvre progresse, on a l’impression que son style se radicalise et pas toujours dans le bon sens. Son cinéma est en constante évolution, mais se referme toujours davantage plutôt que de nous donner davantage de clés pour en percer les mystères. En ce sens, on préférera se rappeler des excellents O Sangue ou Ossos, pièces maîtresses des débuts de la carrière du célèbre cinéaste portugais.

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