Catégorie : On défriche

Ici, ON DÉFRICHE les nouveautés des salles obscures et du petit écran !

Louder than bombs n’est pas un film de guerre, si ce n’est celle que l’on mène parfois au sein de sa propre famille. C’est un film sur le pardon, l’abandon et le laisser-aller. Un film sur les sacrifices d’un père qui aime inconditionnellement ses enfants, les turpitudes du mensonge et leurs conséquences. Subrepticement, le film s’immisce dans la dyke de ses personnages, les sonde pour en extraire des scènes poétiques visuellement abouties qui continuent de résonner en nous au sortir de la salle. Si Joachim Trier est revenu bredouille au dernier Festival de Cannes, soyez sûr que le spectateur, lui, ressort de la projection plutôt gagnant.

Si la mise en scène sait être nerveuse quand l’action le nécessite, on sera gré au réalisateur de ne pas avoir recours à l’utilisation abusive de mouvements de caméra que beaucoup se seraient dépêchés de jeter à l’image. Au contraire, il fait preuve de sobriété et use d’intelligence en mettant davantage l’emphase sur la psychologie et les motivations des personnages que sur leurs gestes. Ici, pas de fusillades intempestives ni d’explosions à tout va, mais plutôt l’analyse en amont du cheminement intellectuel de leurs actions. Made in France atteint sa cible droit au cœur grâce à la sincérité de son engagement.

12 mars 2016 / / On défriche

À l’instar du Misanthrope que cite un personnage, le film prêche la tolérance sociale notamment à travers la sexualité de Francesca. Son acceptation manifeste par les gens du village en font un bel exemple et ce, malgré la différence d’âge et l’isolement géographique des lieux. La rencontre entre un gars de la ville et un autre de la campagne confère à ce vaudeville très divertissant un potentiel comique soutenu par un timing bien calibré.

Surfant sur la vague des Kingsman et autres produits qui, ces dernières années, a relancé le film d’espionnage, le réalisateur abandonne la mise en scène très clipesque du premier volet, utilisant un montage au stroboscope, comme sur les podiums. Ici, il promène son héros dans plusieurs pays (la même sorte de typographie à l’appui) et use de ralentis lors de cascades ou de courses poursuites, se jouant des codes du film d’action, notamment le timing qui s’étire jusqu’à en devenir risible. On est soit conquis, soit ennuyé par ces champs-contrechamps intempestifs qui peuvent néanmoins déclencher le rire par la surenchère et l’abondance de leur utilisation.

27 février 2016 / / On défriche

Avec des personnages aussi imprévisibles et indépendants que les bêtes, le réalisateur prend malgré tout le temps de poser sa caméra, l’action ne sortant que très rarement du cadre. Cette lenteur en découragera certains mais pourrait tout aussi bien en séduire d’autres, notamment le public québécois, avec ces quelques scènes hivernales où les situations cocasses du quotidien font mouche.

18 janvier 2016 / / On défriche

Certainement plus cinématographique, la transformation physique est toujours un des angles retenus au détriment de l’introspection. The Danish girl ne déroge pas à la règle abordant les troubles de l’identité de manière convenue et fragmentaire. Toutefois, on sera gré à Tom Hooper de livrer un film sensitif qui fait fi d’une narration abusive, privilégiant l’image aux mots sans farder la vérité. Le metteur en scène retranscrit bien les émois d’Einar et les tourments par lesquels il passe grâce à une réalisation éthérée imprégnée de poésie et mâtinée d’une photographie douce et vive à la fois.

5 janvier 2016 / / On défriche

En rendant ses œuvres plus accessibles (et par là même admissibles aux Oscars), David O.Russel s’est certes adjoint un public plus large, mais au détriment d’un cinéma authentique et novateur : un scénario factice, prétexte au déploiement de bons sentiments à l’américaine avec une morale parfois douteuse. On peut se demander si, pour un metteur en scène, le comble ne consiste pas à vouloir montrer l’audace d’une femme qui veut à tout prix réussir, et en manquer cruellement dans la réalisation d’un film prévisible du début è la fin.

Si l’idée de départ était séduisante, on aurait aimé que la construction narrative fût plus étoffée et dotée d’une vraie finalité. Toujours est-il qu’en nageant à contre courant, Le coeur de Madame Sabali est bien une comédie de l’absurde, légèrement poussive, entre quiproquos et gags à répétition, dont le charme se manifeste grâce à une facture visuelle riche en couleurs et à l’interprétation enjouée et captivante de Marie Brassard.