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Call Me by Your Name : La plus belle saison de la vie

Call Me by Your Name : La plus belle saison de la vie 4.0
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Note de l'auteur
Call Me by Your Name est une histoire d’amour tendre et touchante, racontée avec tension, délicatesse et humour.
NOTE DU LECTEUR

Le premier amour est souvent le plus intense. Il est passionnel et fulgurant. Il se fout de la raison ou des regards extérieurs et il emporte tout sur son passage, s’acharnant sur le cœur et le corps, les dominant, les dévorant. C’est de cet amour que traite Call Me by Your Name, le nouveau film du réalisateur italien Luca Guadagnino et il en capture parfaitement l’essence. On y retrouve un adolescent de 17 ans, un homme de 24 ans, une magnifique villa en Italie et une histoire d’amour universelle.

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Celle-ci se déroule durant l’été 1983 dans une grande demeure familiale au nord de l’Italie. Un éminent professeur spécialisé en culture gréco-romaine reçoit pour la saison estivale un bel et charismatique étudiant doctorant venu l’assister dans ses recherches. Il l’installera dans la chambre de son fils, jeune garçon allumé de 17 ans qui, lui, prendra la chambre adjacente. Voisins de chambre, les deux jeunes hommes, que sept ans séparent, développeront une complicité manifeste. Le temps d’un été, ils passent leurs journées ensemble au soleil, à lire, à discuter littérature ou musique, à se balader à bicyclette, à se baigner et surtout… à flirter.

Call Me by Your Name
Crédit photo: Sony Pictures Classics

Adaptant le roman du même nom d’André Aciman, Luca Guadagnino en conserve toute la beauté. Call Me by Your Name est une histoire d’amour tendre et touchante, racontée avec tension, délicatesse et humour. Le film ne tombe jamais dans les clichés pouvant être associés au film initiatique et romantique, homosexuel de surcroît. C’est que les personnages du scénario de James Ivory ne sont pas des archétypes. Il les construit bien, avec beaucoup d’affection, pour les enrichir, brique par brique, d’étages de complexité et de nuance. C’est donc dans un univers raffiné où évoluent des personnages complexes qu’on découvre cette histoire. Et c’est sans doute grâce à cette richesse de sens qu’elle parvient à être si forte émotionnellement.

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Il est particulièrement intéressant d’observer comment l’homosexualité est abordée dans ce film ou, en fait, comment elle est si peu abordée, bien que le film raconte l’histoire d’amour entre deux personnes de sexe masculin. C’est que Guadagnino n’en fait pas un cas. Il n’y a, dans son film, aucun tabou à être épris de quelqu’un du même sexe. Contrairement à plusieurs films partageant la même thématique, les personnages n’ont pas à gérer ou à réprimer leurs sentiments. Personne ne souffre d’être homosexuel. Il n’y a pas d’intimidation ou de « coming out » difficile. Si les personnages souffrent, c’est par amour, le pur, le vrai, mais en aucun cas en raison de l’orientation de leur désir. C’est en partie ce qui fait de Call Me by Your Name un film homosexuel si rafraichissant. En fait, il ne s’agit même pas réellement d’un film homosexuel mais simplement d’un film d’amour, aussi universel que puisse être ce sentiment.

Call Me by Your Name
Crédit photo: Sony Pictures Classics

Dans le rôle principal, celui du jeune Elio, le nouveau venu Timothée Chalamet offre une performance exceptionnelle, probablement l’une des meilleures de l’année. Le jeune acteur fait preuve d’une sensibilité, d’une intelligence émotionnelle et d’un courage impressionnants pour un comédien de son âge. Mêlant confiance et insécurité, fougue et maladresse, s’exprimant autant par ses mots que par ses yeux ou ses petits sourires en coin, il porte brillamment le film sur ses épaules. Le plan final, sur son visage attristé, alors que le générique défile, s’inscrit définitivement parmi les meilleures fins de film vues depuis longtemps. Son partenaire de jeu, Armie Hammer, avec qui il développe une chimie extraordinaire, tient lui aussi un de ses plus beaux rôles en carrière, s’acquittant à merveille de la tâche d’objet de désir de notre jeune héros. Enfin, dans le rôle du père, Michael Stuhlbarg a lui aussi droit à son moment de grâce lors d’un monologue bouleversant destiné à réconforter son jeune fils assis à ses côtés, le cœur rempli de peine.

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L’Italie, la chaleur de l’été, les fruits juteux, les shorts courts, les grandes chemises déboutonnées, le mode de vie européen distingué , tout dans le film est propice à la sensualité et à la romance.. Aujourd’hui, à l’ère du numérique, le flirt et le jeu de la séduction se déroulent majoritairement à travers des textos et des mentions « j’aime » sur des photos. Campé en 1983, le film de Guadagnino est délicieusement loin de cette dimension très « milléniale ». C’est plutôt au cours d’après-midi au bord de l’eau ou en ballade à bicyclette que l’amour naît. Beaucoup plus romantique. Call Me by Your Name, à l’instar de ses images claires et lumineuses, est un véritable rayon de soleil.

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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