C.R.A.Z.Y : Au cœur des révolutions

Québec, 2005
★★★★

Bien qu’il soit désormais connu à l’international pour des œuvres telles que Dallas Buyers Club  (ce qu’on en a pensé ici) et la série Big Little Lies, le réalisateur et monteur Jean-Marc Vallée a su conserver un style qui lui est propre dans sa transition du paysage cinématographique québécois à Hollywood. C.R.A.Z.Y, réalisé en 2005, porte l’étendard de son temps au Québec. En ce mois qui célèbre à la fois la fierté LGBTQIA+ ainsi que la fête nationale, il est pertinent de revisiter un classique d’ici qui réussit à agilement tisser ensemble culture populaire et nationale, révolution tranquille et sexuelle ainsi que la place mouvante, mais toujours présente, du clergé dans les familles du Québec des années 1960 à 1980.

Zack (Marc-André Grondin) vient au monde en 1960, après ses trois frères, ce qui est encore la norme pour de nombreuses familles durant le baby-boom. Alors que ses frères répondent, selon lui, à des archétypes des plus simples : l’intello, le dur-à-cuire et le sportif, tout dans la vie de Zack le rend différent. Il est « né le même jour que le p’tit Jésus » et reçoit donc toujours un plus gros cadeau que les autres, il a, selon sa mère (Danielle Proulx), des dons de guérisseur, il est plus doux et sensible que les autres garçons, etc. Bien que le film ait recourt à nombreuses de ces figures stéréotypées, parfois un peu caricaturales, elles aident à saisir la singularité des nombreux personnages et surtout de Zack.

Les rôles de genre n’échappent pas à la règle. Zack se retrouve constamment dans une dualité où il veut une poussette pour Noël, mais reçoit plutôt un jeu de hockey. Cette dichotomie existe entre sa mère qui souhaite son épanouissement et son père, Gervais (Michel Côté) qui veut « un homme, un vrai ».

Donnant parfois presque l’impression d’un film de famille tourné aux mains d’un oncle ou d’une tante, C.R.A.Z.Y arrive à émuler le sentiment de tradition familiale au Québec ainsi que l’évolution de celle-ci. Le souper en famille, dans lequel Gervais ne manque pas de chanter annuellement la chanson « Emmenez-moi » de Charles Aznavour, la messe de minuit ainsi que le lendemain de Noël. Plusieurs pratiques propres aux classes moyennes caractérisent d’autant plus la famille, comme les « fameuses » rôties faites au fer à repasser. La tradition permet également de suivre l’évolution des personnages d’une période à l’autre.

Le passage entre les différentes décennies s’y fait sentir par le changement des coiffures, des modes vestimentaires, des tendances décoratives et technologiques, mais également par le rapport que la famille entretient avec le clergé. Ainsi, vers les années 1980, Gervais commence à remettre en question la légitimité de l’Église chrétienne et sa capacité à aider son fils à être « normal ». L’homophobie n’est d’ailleurs pas le seul enjeu à transpirer entre les lignes de C.R.A.Z.Y, le racisme est aussi sous-jacent mais présent. On peut même surprendre Zack à utiliser le « n-word », comme quoi personne n’était à l’abri des insensibilités d’une époque.

Lui-même fils de disque-jockey pour la radio, la musique occupe un rôle important pour Jean-Marc Vallée. Elle caractérise les personnages et conjugue la narration. De David Bowie à John Lennon, l’action coule d’une décennie à l’autre et le montage s’accorde agilement à la musique qui rythme la mise en scène. Cette méthode atteint un autre sommet dans C.R.A.Z.Y où certaines chansons deviennent le lien familial et où le médium musical coule le ciment entre les époques et la relation filiale. La musique est au cœur de la relation entre Gervais et Zack. Le père voit son fils devenir musicien depuis le plus jeune âge. En dehors de surprendre Zack habillé en femme, les tensions entre père et fils débutent avec le bris d’un disque vinyle qui a une valeur sentimentale singulière pour Gervais. Leur différence grandissante en goûts musicaux nourrit le conflit profondément ancré entre les deux individus mais la musique arrive à soigner leur relation.

Qu’il soit question de mœurs ou du regard de l’Autre, C.R.A.Z.Y ne fait pas de différence. La peur du jugement est un élément tout aussi présent que fatal. Gervais a peur du jugement porté à sa famille, de nombreux conflits émergent d’ailleurs en protégeant « l’honneur familial », Zack a peur de celui de son père, mais, le jugement divin reste au sommet. Même quand le protagoniste devient athée, des scènes décisives pour sa vie et son identité restent surplombées de chants d’église et coupé avec des symboles religieux. Cela dit, Zack finira tout de même par faire un pied de nez au clergé. Comme ultime épreuve, il décide de suivre le rêve de sa mère, de marcher dans les traces du Christ à Jérusalem. Pas pour « guérir de sa sexualité atypique », mais bien pour apprendre à l’accepter et revenir de son pèlerinage en paix avec ce qu’il est.

 

Bande annonce originale :

Crédit Photos : Cirrus Communications
Durée : 2h09

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1 commentaire

  1. Jocelyne Demers

    Crazy quel bon films Québécois très bon choix merci ci pour vos choix films et vos chroniques interressantes. a lire et apprendre et découvrir jaime Cinemaniak jai toujours hâte de voir vos chroniques de moi a lautres suis heureuse davoir découvert Cinemaniak merci a mr jimmy marcoux très bonne Chroniques interressants et cest.choix films intrigants un plaisir a lire et découvrir 😉

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