Boy 7: une réflexion éclairée sur les travers de notre société

Allemagne, 2015

Note:★★★★

Avec Boy 7 de Özgur Yildirim, le cinéma allemand nous fait une fois de plus une bien belle surprise, dans la lignée de L’Expérience (2001) et La Vague (2008), films subversifs, qui nous amenaient à réfléchir sur notre société et sur ceux qui nous dirigent. Adapté d’un roman de l’auteure hollandaise Mirjam Mous, c’est aussi un remake d’un film danois.

On suit les mésaventures de Samuel, campé par David Kross (The Reader), qui, pour avoir forcé le serveur informatique de son école (dans le but de s’attirer les sympathies d’une belle et jeune demoiselle), se voit, en guise de pénitence, contraint d’intégrer la Coopération X. Derrière ses airs de réhabilitation, l’organisme n’est en fait qu’une couverture à l’usage de certains élus privilégiés qui cherchent à assouvir leurs desseins, bien entendu, mal intentionnés. Coupés du monde extérieur (même les cellulaires sont interdits), le héros découvre très rapidement le complot visant ses camarades et lui-même. Il aura alors recours à de nombreux subterfuges pour se tirer d’affaire. Seul problème, les dirigeants de l’étude leur ont implanté des microprocesseurs qu’ils peuvent commander à distance et ainsi, contrôler les émotions des participants en effaçant leur mémoire. La lumière au bout du tunnel apparaît alors à Samuel sous la forme d’un calepin, écrit par ses soins, qui, par le biais d’un montage en parallèle, va lui permettre de retrouver progressivement la mémoire.

On n’avait pas vu de proposition cinématographique aussi alléchante depuis longtemps, dans la manière de filmer en diagonale bon nombre de plans (en fait la quasi totalité de l’oeuvre) et dans l’utilisation de filtres jaunes, qui ne sont pas sans rappeler le travail de Christopher Doyle, sur Chungking Express de Wong Kar Wai. Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Dès les premières scènes du film, l’ambiance est installée avec une course-poursuite, filmée caméra à l’épaule, contre-plongée et prise de vue subjective, permettant au spectateur de s’identifier très rapidement au personnage principal. On est alors apte à ressentir ses émotions et mieux comprendre ses motivations: l’empathie est alors créée.

Un film abouti et bien senti.

Issu d’une génération de gamers, on sent tout au long de l’oeuvre l’influence de réalisateurs, tels que Danny Boyle et David Fincher, dans une mise en scène parfois très clipesque, souvent proche du jeu vidéo. En témoigne l’utilisation survitaminée de musiques électro, les cadrages et une surexposition de la lumière. De plus, le leitmotiv d’une jeune fille aux cheveux roses qui traverse les plans à plusieurs reprises, ne fait qu’appuyer cette appartenance à une certaine famille du cinéma.

Certes la technique est très présente, mais l’écriture de la psychologie des personnages n’est pas en reste. Les scénaristes font de Samuel un héros atypique : il a une plaque de métal dans la joue qui le différencie des autres, le fragilise et pourtant le rend plus fort. En outre, la relation qu’il entretient avec Lara, sa camarade de groupe, évite les écueils amoureux faciles, en basculant dans l’humour, dès que la situation le permet. Que dire des personnages secondaires si ce n’est qu’ils sont jouissifs à souhait? On pense au bras droit du directeur de l’établissement,  un méchant opportuniste et complexé, toujours en train de se peigner en période de stress (on n’a jamais été aussi loin de Grease).

In fine, si le titre du film renvoie au matricule que porte le héros (référence au milieu carcéral), c’est pour mieux mettre en exergue la critique d’une société qui corsette les manières de penser et conditionne les gens à ses fins personnelles. Le labyrinthe que forme le parc de la bâtisse Coopération X et les nombreuses images de tuyaux ne sont alors qu’une métaphore du long chemin que le héros devra encore parcourir afin de trouver la clef de son existence.

Durée: 1h30

Ouvoir.ca

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