Blinded by the light ou le pouvoir de la musique

Grande-Bretagne, 2019
Note : ★★★ 1/2

Tel que mentionné dans notre dossier sur les films réalisés par des réalisatrices en 2019 (à lire ici), Blinded by the Light a non seulement le potentiel d’être un plaisir coupable pour plusieurs, mais est probablement le plaisir coupable de l’année… que vous soyez amateur de Bruce Springsteen ou pas. Là où Yesterday (2019) de Dany Boyle, avec le charismatique Himesh Patel, était plaisant mais trop classique dans son histoire (le prix du succès qui te fait réaliser que l’amour était à côté de toi depuis le début), le film de Gurinder Chadha met au cœur de son histoire le pouvoir de la musique. Cette thématique demeure universelle, peu importe le nombre de fois qu’elle sera racontée; impossible de s’épuiser de la magie de la musique.

Nell Williams interpète Eliza, Viveik Kalra interprète Javed et Aaron Phagura interpète Roops dans Blinded by the Light | Crédits : Warner Bros. Canada

Blinded by the Light raconte l’histoire véridique mais romancée de la découverte de la musique de Bruce Springsteen par un jeune Anglais d’origine pakistanaise, Javed (le très charmant Viveik Kalra), dans un Royaume-Uni sous Margaret Thatcher. Issu d’une famille ouvrière et immigrante, les textes de The Boss résonnent grandement à la réalité de cet adolescent qui tente de trouver sa voix en tant qu’écrivain malgré les pressions paternelle, économique, sociale et familiale. Son obsession envers Springsteen transformera sa vie lui permettant de trouver sa voix. Un coming of age avec le meilleur de The Boss en trame sonore.

Le charismatique Viveik Kalra interprétant Javed dans Blinded by the Light | Crédits : Warner Bros Canada

D’origine indienne, Gurinder Chadha (surtout connue pour Bend It Like Beckham, 2002), aborde différentes thématiques de la réalité immigrante pakistanaise. Ainsi racisme, altercations et manifestation ponctuent le film nous permettant de saisir l’environnement social qui affecte les états d’âme de notre héros. La réalisation alterne constamment, même dans son échelle de plans, entre le macro et le micro. La réalisatrice balance toujours le personnel de Javed avec des inserts sociaux (commentaires politiques, enjeux sociaux, reportages télévisuels, protestation, etc.), même chose dans ses scènes où elle insert toujours un plan d’ensemble (souvent les traditionnels plans de grue en plongée) pour situer dans l’espace son protagoniste principal. C’est subtil, mais ce leitmotiv formel permet de toujours garder un regard plus général dans cette histoire somme toute anecdotique. Ce choix répond bien à la réalité du jeune britanno-pakistanais qui cherche sa place dans cette société conservatrice problématique.

Affiche originale anglaise | Crédits : Warner Bros Canada

Ce fait divers n’est qu’une excuse pour véritablement aborder la magie que la musique peut nous procurer, peu importe notre origine. Chadha ne s’appuie pas que sur les mélodies, mais aussi sur les paroles de Bruce Springfield pour partager ces sentiments. La première scène d’écoute de Javed est particulièrement réussie, tant à la transformation du personnage (et de l’acteur) qu’à la réalisation : les paroles marquant l’écran d’une manière dynamique. La réalisatrice utilise tous les moyens à sa disposition pour insister sur ce moment charnière : montage, éclairage, parole, musique, échelle de plans variée et projections. Ici, Gurinder Chadha jumelle la magie de la musique populaire à celle du cinéma. Les paroles sont importantes parce qu’elles décrivent l’état du protagoniste, mais également parce que Javid est un aspirant écrivain. Le pouvoir des mots est souligné par la ligne narrative de la relation du voisin, un vieil homme britannique, avec la famille de Javed. Les textes de ce dernier le rejoindront de manière inattendue.

Viveik Kalra incarnant Javed, aspirant écrivain dans Blinded by the Light | Crédtis : Waner Bros Canada

Outre la scène de découverte, deux autres moments démontrent particulièrement la qualité du film. Chadha souligne l’universalité de la musique en montrant des images d’une fête traditionnelle pakistanaise sur la musique de Bruce Springsteen, alternant au son entre la musique traditionnelle et celle qu’écoute Javed. Ce contraste est une réussite visuelle et sonore. La seconde, utilisant Born to Run, une des plus connues et populaires chanson du rocker américain, cumule en un concentré de quelques minutes l’entièreté du film : la rébellion adolescente, les premiers amours, la joie exprimée par une chorégraphie de groupe, ainsi qu’une dose de politique romantique.

 

Chadha et Kalra, additionnés du pouvoir musical de Springsteen, créént un film magique qui vous fera sourire… possiblement sourire jusqu’à quelques larmes de joie. Un accomplissement non négligeable à l’ère politique trumpesque qui nous rappelle constamment ce retour populaire à la division. Blinded by the Light a ce potentiel d’être votre not-so-guilty pleasure de l’année.

Durée : 1h58

Ouvoir.ca

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