Page d'accueil Bilans 2016 Bilan du cinéma mondial en 2016 : diversité et résistance !

Bilan du cinéma mondial en 2016 : diversité et résistance !

Bilan du cinéma mondial en 2016 : diversité et résistance !
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Au début de 2016, les médias et institutions culturelles s’inquiétaient pour la diversité au cinéma (rappelons-nous des #Oscarssowhite qui avait suscité la controverse chez les Américains); à la fin de l’année, nous sommes plutôt préoccupés par la diversité en plus de notre sécurité tout court.  À présent, je crois qu’on peut affirmer que ce n’est pas le genre de « progrès » que quelqu’un espérait, alors que nous nous dirigeons (sauf si un miracle survient) vers quatre ans sous la direction d’une suprématie blanche, il serait facile de baisser nos épaules en ce qui concerne le souci de l’« inclusion » dans la culture populaire qui semble triviale et sans importance, du moins en comparaison avec les défis et les luttes de la simple survie au jour le jour.

Mais il est possible de tenir deux discours à la fois — et de reconnaître que, comme la représentation dans la politique diminue de plus en plus, la représentation dans l’art et la culture est plus vitale que jamais, l’art soutient ses consommateurs, étire notre imagination et notre empathie et nous rappelle ses idéaux qui agrandissent notre perception sur la vie.

Alors peut-on vraiment définir 2016 uniquement par des attentats terroristes, la mort de David Bowie à Leonard Cohen en passant par la mort des personnalités reconnues dans le globe comme Jacques Rivette, Abbas Kiarostami, Prince, Andrzej Zulawski, Vilmos Zsigmond, Haskell Wexler, René Angélil, Michael Cimino et finalement l’élection inattendue de Donald Trump? Heureusement que non même si ça peut sembler beaucoup à surmonter! Les arts et plus précisément le cinéma en 2016 nous ont redonné une lueur d’espoir pour cette nouvelle année qui arrive très bientôt. Pourquoi donc? Parce que la diversité et la résistance étaient au rendez-vous partout dans le monde: la présence remarquable des femmes au grand écran, la culture lgbt de plus en plus reconnue (Closet monster, Viva), la culture afro-américaine dans tous ses aspects (Moonlight, 13th, I am not a negro, Loving, The birth of a nation, O.J.: Made in America ), la montée du cinéma sud-coréen (The strangers, Mademoiselle, Dernier train pour Busan) et de genre, etc.

Des films comme Moonlight, Toni Erdmann (critique à venir), Aquarius, Mademoiselle, Mia Madre, American Honey, La la land, Arrival, Manchester by the sea et j’en oublie sûrement, ont définit un cinéma qui s’impose malgré la présence quasi dictatoriale de Netflix, des superhéros (Deadpool, X-men: Apocalypse), des séries télé de qualité et des nouvelles technologies numériques telles que la réalité virtuelle et le cinéma 360 degrés. Ces bijoux mondiaux, filmés de la façon la plus classique en 2D, ont montré les couleurs possibles qui magnifient la diversité dans le septième art.

Arrival: Amy Adams en tant que Louise Banks
Arrival de Denis Villeneuve — Crédit photo: Capture d’écran youtube
La domination des femmes au cinéma

Devant la difficulté d’atteindre une véritable égalité des sexes, le cinéma a dressé des portraits inoubliables de femmes qui, dans Toni Erdmann (avec la superbe mise en scène de Maren Ade et l’interprétation à point de Sandra Hüller), Jackie (Nathalie Portman), Elle (Isabelle Huppert), Aquarius (Sonia Braga),Victoria (Virginie Efira), L’avenir (encore Isabelle Huppert) et même Rogue One (Felicity Jones) dans une certaine mesure, refusent d’être englouties dans la maussaderie ambiante et assurent sans gêne leur identité et l’importance de leur place dans un monde dominé par des hommes.

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Crédit photo: outnow.ch — Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau de Mathieu Denis et Simon Lavoie
Pessimisme et résistance

Ceci dit, le cinéma de 2016 n’en était pas qu’un d’une bataille. Les visions pessimistes de fin du monde demeurent présentes, et les films comme Nocturama de Bertrand Bonello et Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau de Mathieu Denis et Simon Lavoie, sont des véritables cris d’alarme étrangement dépolitisés face à l’impasse de nos sociétés actuelles qui risquent de susciter bon nombre de discussions dans les prochains mois.

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Crédit photo: wellgousa.com — Train Busan de Sang-ho Yeon
La montée du cinéma sud-coréen et le retour des films de genre

Les créatures des ténèbres, l’homosexualité, le chamanisme ou encore la puissance nucléaire. L’industrie cinématographique sud-coréenne n’avait jamais autant diversifié ses genres cette année et reçu de retombées positives au niveau des entrées, en dépassant la barre des 200 millions pour la quatrième année consécutive.

La clé du succès d’un film en Corée du Sud était les éléments de la critique sociale dans tous les genres. Dernier train pour Busan, Tunnel ou tout récemment sorti Pandora raconte une catastrophe d’origine naturelle ou humaine, mais le message est commun, l’esprit critique contre l’absurdité de la société actuelle et l’inertie du gouvernement face aux catastrophes.

Il ne faut surtout pas oublier le regain de vie des films de genre de qualité. Des longs métrages qui ont su se renouveler malgré leurs formes et leurs clichés habituels. On parle ici de Green RoomThe Neon Demon, Three, Creepy, The witch, Arrival, Hell or high water, Zootopia, The lobster, Midnight special, l’ornithologue et j’en passse, qui nous ont surpris par leurs élégantes mises en scène et leurs atmosphère hors du commun. De plus, le festival des films Fantasia a été le plus populaire cette année à Montréal grâce à une programmation variée de films de genre qui nous ont fait saliver.

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Crédit photoIndiewire.com — Moonlight de Barry Jenkins
La diversité du cinéma afro-américain et LGBT en un film

Le magnifique Moonlight de Barry Jenkins met l’accent sur les expériences et l’évolution d’un jeune homme pauvre, noir et gai — un tiercé de circonstances souvent ignorées dans la fiction populaire individuellement, pour ne rien dire quand elles sont combinées. C’est une histoire racontée de l’intérieur, en ce qui concerne ces circonstances en fait, et en travaillant à partir d’hypothèses et d’idées que Jenkins ne prend pas de peine à épeler pour un public plus large. La spécificité du film fait partie de ce qui le rend si spécial, le sentiment que ce sont des vies menées tous les jours, même si elles arrivent rarement à nos écrans.

Pour en finir avec 2016…

À travers nos bilans et révélations de l’année, c’est le portrait d’un cinéma qui se remet constamment en question et qui cherche de nouvelles écritures permettant de raconter la complexité de la réalité que nous avons voulu mettre de l’avant.
Les films n’arrangeront pas les choses, et nous le savons très bien. Mais ces films immersifs deviennent presque des réalités alternées où les artistes montrent que nos capacités de réflexion et de complexité sociale continuent à devenir plus nuancées et belles que jamais. En cette période remplie de surprises et déceptions, notre potentiel de grandeur est à la fois plus robuste et plus improbable que jamais. Ces œuvres peuvent raconter des histoires disparates dans des styles divergents, en utilisant des outils contrastés avec divers degrés de succès. Mais pris ensemble, ils envoient un message uni: « nous sommes ici, et nous avons des histoires à raconter ». Et ces histoires sont essentielles, maintenant plus que jamais.

Retrouvez nos bilans des années précédentes :

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Justin Charbonneau

Depuis son voyage en France où il a vécu l’expérience de sa vie au Festival de Cannes en 2012, Justin Charbonneau se passionne pour la diversité du septième art. Suite à cet événement enrichissant, il complète un Baccalauréat en études cinématographiques à l’Université de Montréal. Puis, à l’été 2015, il se joint à l’équipe de Cinémaniak à titre de chroniqueur régulier.

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