Page d'accueil Bilans 2017 Bilan du cinéma français : les 5 meilleurs films de 2017

Bilan du cinéma français : les 5 meilleurs films de 2017

Bilan du cinéma français : les 5 meilleurs films de 2017
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Fin d’année oblige, l’heure est venue de faire le bilan des films français, un bilan qui ne marquera pas les esprits, la cuvée 2017 ayant été sans surprises. Depuis plusieurs années, les films de super héros, d’animations et les nombreuses suites ont la mainmise sur le box-office mondial. Le cinéma français de 2017 ne fait pas exception à cette déferlante absence d’originalité.

La comédie est le genre qui domine de loin le palmarès, plaçant plus de 8 films en tête de liste. Profitant d’un capital sympathie très fort auprès du public, Dany Boon est le grand gagnant de 2017 avec Raid dingue qui totalise plus de 4,5 millions d’entrées sans pour autant réitérer le record établi par un autre de ses films Bienvenue chez les Chtis (17 millions). Comme à l’accoutumée, dans ce nouvel opus les ficelles sont à l’image des ressorts dramatiques, artificiels et maladroits sans une once de personnalité. Et que dire du succès d’À bras ouverts  de Philippe Chauveron (père du désolant Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?) véhiculant avec le même air godiche des stéréotypes à la peau dure sur le communautarisme? Le clou est enfoncé avec Épouse-moi mon pote  de Tarek Boudali (également acteur dans Alibi.com, le 3ème plus gros succès de l’année) qui trouve amusant de propager des clichés sur la communauté homosexuelle et de rire bêtement de situations convenues et sans grand intérêt? Cela fait froid dans le dos aux vues de la demande du public pour ce genre de cinéma poussif et sans engagement quelconque, faisant de cette jeune famille de réalisateurs le cheval de Troie du cinéma français. Heureusement pour nos neurones et nos zygomatiques, il est toujours possible de compter sur Karin Viard  pour livrer, une fois n’est pas coutume, une prestation délectable dans la jouissive comédie Jalouse de Stéphane et David Foenkinos, aux côtés d’Anne Dorval, très demandée en France dernièrement depuis sa prestation remarquée dans Réparer les vivants de Katell Quillévéré.

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Deuxième au box-office, on attendait Luc Besson au tournant avec Valerian et la cité des mille planètes tout droit sorti de l’univers de la BD de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières.  Si le film se voulait proche du 5ème élément dans la forme (budget pharaonique, décors conséquents, etc.), jamais il n’arrive à égaler ce dernier notamment à cause d’une distribution  disparate qui ne confère aucune empathie pour le personnage de Dane DeHaan et son regard éteint de koala. Il est mignon, il est gentil mais un peu niais sur les bords, loin d’accoter le charisme et le mordant de Cara Delevingne qui s’en sort plutôt pas mal. Certes, l’ombre de Milla Jovovich plane tout au long de l’œuvre, mais le mannequin arrive toutefois à l’éclipser dans certaines scènes. L’humour potache de Besson sorti tout droit de la cour de récré ne vient cependant pas rehausser le niveau avec des dialogues bien souvent puérils et affligeants, faisant regretter au spectateur ses deux bonnes heures passées dans la salle. Avec seulement 4 millions d’entrées en France, le film reste un échec commercial au box-office, néanmoins, saluons la prouesse des effets spéciaux qui n’ont rien à envier aux plus grands studios hollywoodiens.

Bilan du cinéma français : les 5 meilleurs films
Copyright EuropaCorp – VALERIAN SAS – TF1 FILMS PRODUCTION

Hormis les comédies lourdingues citées plus haut, la nostalgie imprime des œuvres carte postale estampillées vieille France comme le démontre le succès en salle d’Un sac de billes de Christian Duguay sur la Shoah ou encore L’école buissonnière de Nicolas Vanier. Il n’est alors pas évident de surprendre dans ce contexte assez hermétique à la différence et au changement de registre. Ici et là quelques ovnis cinématographiques ont pourtant fait leur apparition, tel le hardeur HPG avec Marion, sorte de branlette intellectuelle agissant à titre de réflexion sur les métiers du X, qui a pour seul mérite de faire prendre la tangente au spectateur en moins de deux minutes. Mais on retiendra surtout de nombreux premiers films, à commencer par La mécanique de l’ombre de Thomas Kruithof , un thriller angoissant permettant à François Cluzet de camper à nouveau un personnage tourmenté comme dans Ne le dis à personne. On notera également le beau succès en salle d’Hubert CharuelPetit paysan, qui créa la surprise de la rentrée comme le fit Médecin de campagne l’année dernière, témoignant ainsi de l’intérêt fidèle du public pour le milieu rural. Noces de Stephen Streker surprend par sa radicalité quand Monsieur et Madame Adelman, de Nicolas Bedos, témoigne d’une belle écriture de dialogues souvent bien sentis. Grave de Julia Ducournau a aussi beaucoup fait couler d’encre compte tenu de son sujet pour le moins surprenant : une jeune fille végétarienne soumise à un bizutage est contrainte de manger de la viande crue sous la pression de ses camarades de classe. Entre scènes de meurtres et cannibalisme, l’horreur dépeinte en à déconcerter plus d’un, forçant la commission de classification des œuvres cinématographiques à censurer le film aux moins de 16 ans en France.

Que s’est-il passé dans la tête de Guillaume Canet qui a réalisé, avec Rock’n’roll, une pâle copie de Ma femme est une actrice (mis en scène par Yvan Attal qui se paye même ici un second rôle)? Cette satire du showbiz où le paraître est plus important que l’être aurait pu être bien sentie. Il y avait matière à dire, matière à rire, mais aussi à faire réfléchir sur le temps qui passe et la place du star-system dans un milieu où vieillir devant la caméra est un luxe offert à peu d’acteurs. Sans retrouver l’audace et l’humour incisif de son très prometteur premier film, Mon idole, le jeune réalisateur peine à faire avancer une histoire embourbée dans des clichés plus ou moins efficaces. C’est grossier, souvent putassier, et le film déçoit par son absence de prise de risque dont on savait pourtant Canet capable, notamment dans la mise en scène. De plus, toute la distribution cabotine, Marion Cotillard en tête, avec son imitation de l’accent québécois, dont on rit « de » et non « avec », ce qui pose problème, surtout ici au Québec où le spectateur peut se sentir mal à l’aise.

Du côté des documentaires, Visages villages d’Agnès Varda remporte un beau succès critique et public quand Luc Jacquet ne parvient pas à susciter, avec L’empereur, la même frénésie qu’à l’époque de La marche de l’empereur.

Quelques valeurs sûres continuent leur chemin sans perdre ni gagner plus de spectateurs. On pense à Cédric KlapischEmmanuelle Bercot ou encore Valérie Lemercier avec leurs films respectifs Ce qui nous lie (Retour en Bourgogne)La fille de Brest et Marie-Francine. Avançant en roue libre, Éric Toledano et Olivier Nakache proposent, avec Le sens de la fête, un film tendre, drôle et émouvant à la fois. Ils avaient déjà connu le succès grâce à Tout ce qui brilleNos jours heureux, mais surtout Intouchables, qui s’est même offert une carrière à l’international. Film après film, le duo reprend la même recette qui, à date, séduit toujours les foules. Reste à savoir si, sur la durée, le public ne viendra pas à se lasser de ce mariage efficace mais convenu. On attendait aussi beaucoup de Noémie Lovsky après le nostalgique Camille redouble. Malheureusement, elle déçoit avec Demain et tous les autres jours, se fourvoyant dans une mise en scène fatiguée et peu incarnée. Même constat pour André Téchiné et Nos années folles, qui passe à côté de son sujet – pourtant fort intéressant – en oubliant de créer l’attachement à ses personnages. Quant à Anne Fontaine, elle livre une réflexion honnête et inspirée sur la différence sexuelle dans le Nord de la France avec Marvin ou la belle éducation, adapté du livre d’Edouard LouisEn finir avec Eddy Bellegueule

D’ordinaire fédérateurs, les biopics n’ont pas eu la côte cette année. De Dalida à Django, le public n’a pas été séduit par les propositions, et ce, malgré l’effort de Mathieu Amalric  pour amener de la poésie en morcelant l’histoire de son Barbara afin de la rendre plus attractive. Pas de surprises non plus du côté de Jacques Doillon et de Michel Hazanavicius avec Rodin et Le redoutable.

Finalement, le seul à réellement sortir son épingle du jeu cette année, est Albert Dupontel avec Au revoir là-haut, une œuvre emprunte de lyrisme propre à son univers souvent farfelu. Il a gagné le pari de réunir à la fois les critiques et le public tout en restant fidèle à lui-même comme au prix Goncourt de Pierre Lemaître dont il est tiré.

Du côté des nommés ou récompensés à Cannes, 120 battements par minute de Robin Campillo (Eastern boys) sort son épingle du sujet avec un beau succès d’estime à la clef pour un film d’auteur à saveur politique et sociale sur l’apparition du sida en France dans les années 80. Malheureusement, ni le Desplechin (Les fantômes d’Ismaël) ou le multi-palmé Haneke (Happy end) n’ont attisé la curiosité du spectateur qui semble se lasser d’une certaine forme de cinéma que l’usure fait tourner en rond. Pour preuve, Laurent Cantet (le palmé Entre les murs) qui, avec L’atelier, passe de la compétition officielle à la sélection « Un certain regard ». Même les sélectionneurs semblent s’être désintéressés du festival, ne proposant année après année qu’un choix de réalisateurs attendus dont le nom suscite plus d’émoi que le sujet du film en tant que tel. Exit l’originalité et la subversion qui faisaient jadis le prestige de la Croisette au côté des starlettes en manque d’attention et de « like » sur Twitter et Instagram. De plus en plus, les polémiques apparaissent téléphonées et montées de toutes pièces pour attirer des foules qui ne s’en laissent pas conter, ce qui explique pourquoi elles délaissent les salles obscures du cinéma d’auteur au profit d’un cinéma populaire, sans doute moins aguicheur, mais plus authentique et surtout moins racoleur. Comment expliquer autrement la nomination de L’amant double d’Ozon en compétition officielle et l’absence de son précédent film Frantz, quand celui-ci offrait de véritables propositions et réflexions sur le cinéma ? Mais voilà, Cannes finit par n’être que le miroir de ce qu’il fut.

L’année 2017 aura donc été auréolée de succès plus ou moins mitigés, libérant ainsi davantage de place pour nous surprendre l’année prochaine.

Les 5 (+1) meilleurs films français de 2017

Bilan du cinéma français : les 5 meilleurs films

Mention honorable : Frantz de François Ozon

5- Grave (Raw) de Julia Ducournau

4- Ava de Léa Mysius

3- Noces de Stephan Streker

2- Ma vie de Courgette de Claude Barras

1- 120 Battements Par Minute de Robin Campillo

 

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Alexandre Blasquez Passionné par les images depuis son plus jeune âge, c’est grâce à ses études en cinéma, de Bordeaux à Montréal, qu’Alexandre a pu parfaire sa culture d’oeuvres anciennes. Toujours la tête dans les nuages, c’est d’abord en musique qu’il voyagera, notamment en Martinique, où il restera 4 ans durant l’adolescence.Une vraie boule d’énergie créative qui aime toucher à tout : du chant à la danse en passant par la décoration de meubles anciens. Éclectique dans l’âme, il affectionne tout particulièrement le cinéma asiatique (Kim Ki-Duk, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho ou encore Hayao Miyazaki), les cinéastes du Dogme (Vinterberg, Von Trier), ou encore le cinéma social de Ken Loach et des frères Dardennes. La rencontre avec le cinéma québécois a aussi été très forte (Robert Lepage, Robert Morin). Établi à Montréal depuis près de 9 ans, c’est dans un grand magasin qu’Alexandre exerce le métier de visuel. Comme il se plaît à dire, les mannequins sont comme des personnages, on les habillent en fonction de chaque histoire.

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