Benedetta : Sainte formalité d’une diabolique identité

France, Pays-Bas, Belgique, 2021
Note : ★★★★

Paul Verhoeven est un de ces réalisateurs dont le génie est établi depuis déjà plusieurs générations de longs métrages spectaculaires, infiniment violents et indiscutablement érotiques (amen). Un goût avide pour l’ironie mijote sur le rond depuis le début de son art, laissant le cinéphile le plus ardu noyé dans les réflexions, et le spectateur adepte du 1er degré, fort offensé. Avec Benedetta, le dernier film de l’audacieux cinéaste, plus aucune nuance n’est possible, nous laissant dans le contraste le plus extrême… et on y prend un malin plaisir. Dieu nous pardonne.

Au visionnement de Basic Instinct (Verhoeven, 1992) en ces temps modernes, il est difficile de ne pas laisser échapper un petit rire nostalgique, par amour de cette époque du thriller érotique baignant dans le kitsch et la surenchère. Il serait facile de croire que le film a pris de très creuses rides, qu’il est le reflet d’une esthétique passagère et maintenant dépassée. Cependant, un petit je-ne-sais-quoi, difficilement identifiable, vient bloquer cette affirmation, et là est le génie de Verhoeven. Après le visionnement de Benedetta, la maîtrise du second degré du réalisateur et sa totale liberté créative et provocatrice deviennent plus évidentes que jamais et ô combien admirables. 

Benedetta raconte l’histoire d’une jeune fille au nom éponyme (Virginie Efira) qui, dès son plus jeune âge, est placée dans un couvent par ses fortunés parents afin de servir Dieu, l’influenceur de l’époque. À l’âge adulte, elle est bouleversée par la rencontre de Bartolomea (Daphne Patakia), jeune fille admise chez les religieuses pour fuir son père violent. Une forte attraction affective et sexuelle unira les deux femmes dans un secret bien gardé, au même moment où Benedetta acquiert de plus en plus de pouvoir au sein de la communauté en prétendant être l’élue de Dieu… Si les membres du couvent suivent ses discours avec une sainte admiration, la mère supérieure (Charlotte Rampling) et sa protégée (Louise Chevillotte) craignent le pire…

« Aucun miracle ne se produit dans un lit, croyez-moi ».

Si la prémisse est inspirée de la véritable histoire de Benedetta Carlini, le film penche  pour un ton over the top, adoptant la folie et l’improbabilité de l’histoire de base. Avec une esthétique très hollywoodienne, où Verhoeven tourne des images spectaculaires d’un ciel rouge apocalyptique, où il dirige des acteurs de renommée qui se donnent corps et âmes (mais ici surtout corps) et où il nous offre un montage impressionnant, dynamique et découpé avec finition, il laisse également place à des dialogues et des situations complètement absurdes.

« Pardon soeur Benedetta mais il faudrait que j’aille chier ».

Ainsi, dans le confort d’une forme cinématographique très convenue, où pourront se retrouver les adeptes de cinéma popcorn, la crise de coeur les attendra à la vue d’une nonne prise de violentes flatulences ou bien à celle de scènes d’amour absolument torrides qui n’ont rien à voir avec le softcore hollywoodien. Les 50 nuances de gris doivent se sentir franchement pâles. 

« J’ai vu tes seins. Je les ai vus ».

Cette ironie et cette absurdité ont ici la plus logique raison d’être : Verhoeven critique explicitement le phénomène d’une communauté allant jusqu’à accepter la plus improbable des promesses plutôt que d’accepter et de s’adapter à une réalité. Il montre l’aveuglement volontaire et peut-être même inconscient d’une population s’étant elle-même oubliée. Si le personnage de Benedetta suscite, durant la première partie du long métrage, le respect et l’empathie de par son intelligence démesurée et sa détermination, elle se retrouve, en seconde partie, littéralement démonisée : manipulatrice, sans pitié, perverse. Une forme d’abus de pouvoir s’appliquant à de nombreuses communautés, anciennes et modernes. 

« Au secours, Jésus ! »

Ainsi, le dernier long métrage du cinéaste néerlandais, dans sa forme conventionnelle et son contenu jubilatoire, permet de mettre le doigt sur ce je-ne-sais-quoi qui permet à Basic Instinct de briller encore aujourd’hui : son amour inconditionnel pour l’ironie. Car le ton de ses films demeure le même, en 1992 comme en 2021. Cependant, à une époque où la mode était l’improbable et le sensationnalisme, le second degré était de la plus fine des subtilités. Avec Benedetta, la finesse se transforme en caractère gras de la plus belle des polices, dans une époque où le réalisme prend le dessus et l’absurdité provoque le plus violent des malaises. Mon Dieu que c’est jouissif. 

 

Bande Annonce:

Durée : 2h07
Crédit Photos : Pathé Distribution

 

Notre critique du controversé Elle du même réalisateur.

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