Bà nội (grand-maman)

«Tu dois honorer tes ancêtres» – ♥♥♥½

En visite dans sa famille lointaine, au Vietnam, pour les festivités de fin d’année, Khoa Lê retrouve des lieux et des visages à la fois familiers et étrangers, notamment celui de sa la grand-mère, à la personnalité haute en couleurs.

BA NOIKhoa Lê propose ici la chronique de son voyage au Vietnam, (re)découvrant ses origines, la culture vietnamienne, les rites et les rythmes de sa famille. Avec ce voyage onirique et contemplatif, vous pourrez aussi observer ce pays fascinant, attiré par les lumières et le clinquant, mais où la tradition, très ancrée, les croyances et les relations intra-familiales sont la base de la société.

À cheval entre deux cultures, le réalisateur se met en scène avec humilité et détermination, entrecoupant son film d’images de famille. Dans la sphère de l’intime,  on est ici aux côtés du réalisateur quand il évoque la famille, les sentiments et les non-dits, l’éducation, la vieillesse, le souvenir et le deuil. Il montre aussi le poids qui pèse sur les épaules du dernier héritier mâle d’une lignée vietnamienne, pour correspondre aux attentes familiales et sociales et ainsi respecter la tradition. Il balance aussi son expérience avec le personnage de sa grand-mère («Bà nội» signifiant «Grand-mère» en vietnamien), dont il trace le portrait, témoignage sur la relation entre une femme et son petit-fils. Khoa Lê fixe par ce biais un moment où la mémoire semble peu à peu lui faire défaut et on suit cette petite vieille femme, très touchante mais au caractère mordant et à la réplique assassine. Sans être consciente d’être l’objet d’étude de son petit-fils, on suit avec plaisir ce personnage haut en couleurs, lorsqu’elle choisit les lieux où il peut la prendre en photo («là ça va!», «Filme ici!»), ou quand elle se cherche des habits, parce qu’elle «ne veut pas avoir l’air d’une mendiante pour les photos».

La dualité parcourt tout le film, que ce soit dans les images (présentes et passées), les thèmes (forts) de la tradition et de la modernité, (avec les personnages de Khoa Lê et de Bà nội) et cela se retranscrit dans un très beau montage, comme lors de la superposition des images des vivants et de celles des absents, fantômes parties prenantes du présent.

On écoute ici un homme parler de lui, avec recul et pudeur, sans sombrer dans l’auto-célébration ou l’égotisme, mais davantage encore, cela nous amène à nous interroger sur le libre-arbitre : ne sommes-nous que l’objet de ce que les générations précédentes ont décidé pour nous ou de ce que nous construisons ?

Cette plongée dans l’intime célèbre le souvenir et Khoa Lê aura respecté à la lettre la demande de Bà nội («Tu dois honorer tes ancêtres»), concluant son film sur des images d’elle, ponctuées d’un sobre et touchant : «Tu es magnifique»

Prix meilleur espoir Québec/Canada de l’édition 2013 des RIDM, « pour son exploration intime et complexe d’une vie entre deux cultures ».

Prix du Pluralisme de la Fondation Inspirit, au festival Hot Docs, « pour l’habilité et l’originalité qu’il a su démontrer en illustrant sa quête culturelle et spirituelle ».

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