Arctic : Le Grand Silence

Islande, 2019.
Note: ★★★★

Après s’être un peu compromis dans le récent film Netflix Polar, Mads Mikkelsen revient dans Arctic, honnête survival qui met en valeur tout le talent de l’acteur danois. Après un accident d’avion, un homme doit survivre seul au milieu du cercle polaire arctique. Confronté à une nature hostile et à des températures glaciales, il va s’armer de courage et utiliser toute son imagination pour se donner une chance de sortir de cet enfer blanc.

Overgard (Mads Mikkelsen)

Le film de survie plus communément appelé survival est un genre cinématographique qui met en scène un individu ou un groupe qui tentent de survivre dans un environnement dangereux où la menace peut se décliner sous plusieurs formes. Le danger peut être le fruit de l’environnement lui-même ou bien de nature humaine, animale ou encore fantastique. C’est en 1972 que le réalisateur anglais John Boorman a initié la version moderne du survival avec son chef-d’oeuvre intemporel Deliverance. Le film voyait un groupe de citadins venus faire du canoë sur une rivière de Géorgie mais qui se retrouvaient traqués par des locaux bien décidés à en finir avec eux. Dans Arctic, l’acteur Mads Mikkelsen combat seul le danger devant la caméra du cinéaste brésilien Joe Penna qui signe ici son premier long-métrage. Brillamment interprété par l’acteur danois, Overgard tente de s’accrocher à la vie coincé au milieu du vide terrifiant des plaines enneigées du cercle arctique. D’une certaine manière, ce désert blanc renvoie aussi au vide existentiel de l’être humain. En effet, le survival est souvent une allégorie de la nature reprenant ses droits sur l’individu. Privé des artifices de la société moderne, celui-ci se retrouve face à lui-même et réalise qu’il est bien peu de choses face à une planète qui lui survivra quoi qu’il advienne.

Overgard (Mads Mikkelsen)

Arctic prend une tournure intimiste quand Overgard doit protéger une femme venue lui porter secours mais qui se retrouve également en danger quand son hélicoptère s’écrase. Un lien mutique et fort se crée entre ces deux individus faisant face à l’abysse de la mort. Le film n’ayant quasiment pas de dialogues, la narration est entièrement visuelle. La force d’Arctic réside dans la caractérisation réussie de ses personnages et par l’empathie que leur sort parvient à susciter chez le spectateur. La cruauté du déroulé des évènements qui font obstacle à leur survie est captivante. Les moments d’accalmie sont rares et l’être humain n’est ici plus qu’une enveloppe charnelle vulnérable. Des problèmes d’ordre moral se posent également quand Overgard se retrouve à devoir faire des choix entre sauver sa peau ou protéger la jeune femme. On pourrait cependant reprocher au film sa relative simplicité qui n’apporte rien de réellement neuf au genre ni aucune surprise permettant de le distinguer du tout-venant. En ce sens, Arctic n’a pas la prétention d’être chose qu’un simple film de survie. A contrario de The Revenant (2015) d’Alejandro Inarritu, par exemple, qui lui s’égarait dans des digressions métaphysiques aussi douteuses que dispensables. Arctic est un film sec et brutal qui fait la part belle à ses personnages et dont le cadre polaire très cinégénique est parfaitement mis en valeur. Une bonne surprise, donc, et la promesse d’un cinéaste en devenir qu’il faudra désormais surveiller de près.

Durée: 1h37

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