Antoine et Marie

Antoine et Marie,  c‘est l’histoire d’une rencontre, celle de deux êtres qui n’arrivent plus à respirer.  ♥♥♥½

C’est au Saguenay, lieu de son enfance que Jimmy Larouche a décidé de tourner son second film Antoine et Marie, juste après La cicatrice. On suit en parallèle deux histoires, celle d’Antoine (Sébastien Ricard) un père de famille qui chat sur des sites pornographiques et celle de Marie (la renversante Martine Francke) qui à la suite d’une soirée trop arrosée, ne se souvient plus de rien et commence à questionner son corps qui ne répond plus de la même manière. Antoine et Marie, c’est un film qui vient de loin, qui part des tripes pour finir dans notre face avec cette caméra frontale ne laissant rien passer. Un besoin viscéral pour le réalisateur de parler d’un sujet qui l’a touché de près : la drogue du viol. Si le film a le mérite de s’attaquer à un sujet toujours d’actualité et peu souvent traité, il n’omet pas quelques maladresses visuelles comme la métaphore de l’eau utilisée abondamment pour évoquer la purification du personnage de Marie qui cherche dans la nature un refuge salvateur. Néanmoins les effets sonores sont bien sentis et permettent au spectateur de comprendre l’état émotif dans lequel se sent l’héroïne, à l’image de cette scène où une porte se referme derrière elle donnant l’impression que sa tête est prise dans un étau et que ses pensées sont alors cloisonnées.

Ce qu’on aime surtout dans le travail de Jimmy Larouche c’est qu’il questionne le spectateur sans jamais pointer du doigt le coupable comme s’il cherchait à comprendre les deux parties. Tout n’est pas noir ou blanc dans le passé de Marie qui semble jouer de ses atouts physiques auprès des hommes avec un conjoint jaloux de l’intérêt qu’elle suscite chez eux. Ou encore le caractère castrateur et contrôlant de la femme d’Antoine qui, pour exercer son désir de domination, va chercher du réconfort sur des sites pour adultes consentants. Le réalisateur n’a de cesse de les associer comme au générique de début et de fin alors qu’on ne les voient à l’image ensemble qu’à deux reprises. Ce qui les rapproche c’est la perte totale de leur corps. L’un ne contrôle plus ses pulsions sauvages, tandis que l’autre perd ses repères émotionnels, ne supportant plus d’être touché, ce qui rend leurs respirations haletantes, difficiles. Antoine se sert de son ordinateur comme exutoire, pour se libérer de sa colère et de sa frustration envers sa femme, et sans doute aussi du caractère malaisant qu’il entretient avec sa propre fille. Marie, elle, essaye de reconstruire sa mémoire en faisant appel à tous ses sens d’où l’importance du son.

Antoine repas

Comment faire pour souffrir d’un drame dont tu ne te souviens pas ? se demande Jimmy Larouche.

La femme trop souvent honteuse après s’être fait droguée, abusée, préférera mentir. On est dans une société qui tolère, voire encourage les préjugés sans cesse véhiculés qu’un décolleté, une jupe, sont des invitations au viol. Plutôt sombre, le film donne ainsi à réfléchir sur le rôle de la police dans la manière d’appréhender les interrogatoires qui peuvent faire sentir les victimes coupables. Il apparaît alors anxiogène par son cadrage resserré au plus près des maux de ces personnages qui se retrouvent tourmentés, questionnés mais jamais vraiment laissés seul.

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