American Honey – L’Amérique trap

Dans son plus récent film, American Honey, la cinéaste britannique Andrea Arnold nous entraîne dans un long road-trip à travers les États-Unis, prétexte à présenter une Amérique à mille lieux des sentiers battus, à travers le regard insouciant de jeunes marginaux. Le film, magnifique portrait de l’Amérique et de la jeunesse d’aujourd’hui, a remporté le prestigieux prix du jury au dernier Festival de Cannes. ♥♥♥♥

 

 

Le film débute alors que notre protagoniste Star, interprétée par la jeune Sasha Lane, fouille dans un conteneur à déchets à la recherche de nourriture pour elle et les deux jeunes enfants dont elle s’occupe. Elle fera ensuite la rencontre de Jake (Shia Labeouf) et de son groupe de jeunes énervés dans le stationnement d’un magasin à grande surface. Tout en la séduisant, le jeune homme lui fera une offre : se joindre à lui et sa bande pour prendre la route et vendre des magazines un peu partout où ils s’arrêtent. Hésitante, mais n’ayant rien à perdre, elle acceptera. Elle prendra donc la route avec ce groupe de jeunes non-conformistes pour un voyage qui s’avèrera beaucoup plus qu’une simple opération de vente de magazines.

 

La vision de la cinéaste britannique est résolument séduisante. Elle filme ses jeunes personnages et l’Amérique dont elle n’est pas originaire d’un point de vue rafraîchissant, empreint de compassion et d’optimisme. Son regard est unique et original. En se promenant à travers cette Amérique, elle nous présente différents milieux, des plus riches aux plus pauvres, sans jamais poser de jugement. Elle recherche le beau partout, même dans le laid.

 

American Honey est un film absolument captivant. Le spectateur a  vraiment l’impression de faire le road-trip avec ces jeunes, d’être présent avec eux dans la camionnette, parcourant les routes, voyant défiler les paysages.

 

Cette proximité est en partie due au format d’image pour lequel la cinéaste a opté. On aurait pu croire que pour montrer l’Amérique, la cinéaste aurait choisi un format d’image plus large. Et non, elle choisit plutôt le 4.3, un format réduit qui met le focus sur les personnages et  qui donne au spectateur l’impression d’être un passager de la camionnette, assis, serré entre les autres jeunes.

 

La trame musicale est également un point important à souligner. La musique est effectivement un élément central du film. Elle joue sans arrêt dans la camionnette et les jeunes prennent un grand plaisir à chanter en chœur les paroles de chacune des chansons.  Andrea Arnold a demandé à ses jeunes quelles chansons ils aimaient pour les insérer dans son film. Le résultat ? Une bande sonore très  trap, avec des titres comme Bounce It  de Juicy J ou No Type de Rae Sremmurd, qui représente bien cette jeunesse, mixée avec une dose de musique country dont la chanson American Honey de Lady Antebellum, chantée à l’unisson par tous à la fin du film et qui nous donne l’une de ses plus belles scènes.

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Les jeunes acteurs sont pour la plupart des amateurs qui ont, en tournant le film de manière chronologique, réellement fait le voyage. Cela confère à l’oeuvre une grande authenticité. Le fait que plusieurs scènes soient improvisées ajoute à son caractère naturel.

 

Ce qui surprend le plus est d’apprendre que même l’actrice qui incarne Star, le personnage principal, n’est pas non plus une professionnelle. Repérée sur une plage de Floride par la réalisatrice alors qu’elle célébrait le Spring break, la jeune femme d’à peine vingt ans n’avait jamais joué dans un film et n’avait même jamais envisagé la possibilité d’être actrice un jour. Malgré sa jeunesse et son manque d’expérience, Sasha Lane épate dans ce rôle très exigeant. La caméra de Arnold est fixée sur elle et la suit dans l’entièreté des scènes de ce très long film. Elle réussie à crever l’écran dans chacune d’entre elles, grâce à son talent et à sa beauté brute.  Filmée caméra à l’épaule, la majorité du temps en gros plan, elle est hypnotisante. Elle crée avec son partenaire de jeu Shia Labeouf, lui aussi excellent grâce à son charisme animal, une chimie sensuelle à souhait. On la ressent dès leur première rencontre jusqu’à qu’à leur confrontation finale, en passant par les scènes de sexe brûlantes d’authenticité. On ne s’est pas étonné de voir les deux acteurs en couple dans la vraie vie à la suite du tournage du film.

 

Le film n’est pourtant pas sans défauts. D’une durée de presque trois heures, il peut sembler long et répétitif par moments et finit par perdre un peu de son souffle vers la fin.  Le scénario aurait pu être mieux développé. Le film se concentre principalement le couple de Star et Jake alors qu’il aurait aussi été intéressant de connaître davantage les autres personnages. Étrangement, ces défauts, font aussi partie du charme de American Honey. Tout comme sa protagoniste, American Honey est un film imparfait qui prend des risques, une approche pertinente et particulièrement inspirante pour un film traitant de la jeunesse.

 

American Honey a été présenté devant une salle comble au FNC et prend l’affiche le 14 octobre au Cinéma du Parc.

Par Jules Couturier.

Ouvoir.ca

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