À l’ouest de Pluton : Portrait d’une jeunesse en mode direct

Québec, 2008
★★★★

Myriam Verreault admet en conférence de presse s’être penchée sur la représentation de la jeunesse actuelle avec la volonté de sortir des images caricaturales d’émissions telles que Ramdam et Watatow. Elle souhaitait explorer le sujet avec de vrais adolescents et non pas des adultes qui jouent à l’être. Entre 2005 et 2006, avec l’initiative de son collègue et éventuel co-réalisateur Henry Bernadet, elle retourne dans son ancienne école secondaire et recrute une cinquantaine de jeunes en parascolaire pour réaliser des improvisations et des activités. Après plusieurs semaines, il n’en reste qu’une dizaine, à l’origine du thème central d’À l’ouest de Pluton qui ne prendra l’affiche qu’en 2008. Plusieurs éléments dans l’approche des cinéastes, notamment l’improvisation et la proximité des personnages avec leur sujet, aident le film à se revêtir d’une authenticité qui peut s’avérer assommante. De plus, la façon de Bernadet et Verreault à concevoir le cinéma laisse ressortir des marques creuses de l’héritage du cinéma québécois : celles du Cinéma direct, un mouvement documentaire des années 1950 et 1960 au fondement de notre cinéma national.

Myriam Verreault et Henry Bernadet ont choisi de faire jouer leurs jeunes acteurs autour de leurs véritables intérêts, nourrissant ainsi leur jeu de manière plus naturelle. À travers des mises en situation, souvent emblématiques de l’adolescence, ils créent des histoires dont on ne peut pas prédire les avenues. La seule forme de mise en scène et d’écriture que suit le film vient des années plus tard dans le processus de création : l’histoire d’une fête d’ados qui tourne mal, dispersant les personnages. Certains la quittent et se séparent ensuite en d’autres groupes, dont un mené par le grand frère de l’hôte de la soirée, tentant désespérément de retrouver un portrait de famille qui vient d’être volé. Le reste du film découle des différentes séances hebdomadaires filmées.

À l’ouest de Pluton tente d’offrir une vision de la jeunesse qui n’est pas sans rappeler que l’adolescence est une période de recherche où les archétypes sont omniprésents. Cela dit, le film sait discerner la fine ligne qui peut les distinguer de la caricature. Dans ce cas-ci, le long métrage fait état des débâcles d’un groupe de jeunes de la banlieue, banlieue succédant à la campagne et la ville à titre de lieu d’intérêt central, se caractérisant par une latence semblable à celle du personnage de Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur. On y retrouve certains traits propres à cette période de changements : l’errance identitaire, l’esprit d’appartenance au groupe, la mutation du rapport à la famille, la recherche de soi dans l’image et les modèles, une prédisposition aux clichés et aux préjugés, les premières expériences ainsi que les premiers balbutiements de certaines passions. Ce sont là des thèmes véhiculés par le film de Verreault et Bernadet dont les adolescents du Québec du début des années 2000 ne peuvent s’en approprier l’entièreté, bien qu’ils en soient traversés.

À l’ouest de Pluton cherche plus à mettre en scène l’action qu’à graviter autour de ses personnages. Le film ébauche une forme de recherche de soi plutôt passive faisant état d’une caractéristique assez englobante de l’adolescence. Il montre des jeunes n’arrivant pas à tracer les reliefs de leur personnalité, mais qui devraient déjà tout savoir d’eux-mêmes selon la société et le monde adulte. La plupart des personnages du film vivent cette pérégrination dans une espèce d’abandon où ils ont peut-être une idée minimale de ce qu’ils veulent faire, sans pour autant s’en soucier, vouloir y penser, ou même la vivre en résignés. D’un autre côté, les parents se préoccupent beaucoup de l’avenir de leurs enfants, au point de leur mettre une pression, en cherchant à simplifier des choses, loin d’être évidentes pour eux, qu’ils auront tout le temps de découvrir en temps et lieu si on les laisse vivre un peu.

D’ailleurs, ce dernier aspect évoqué marque un autre trait saillant du long métrage : le choc des générations. Les cinéastes exposent une certaine incompréhension entre l’univers des jeunes et celui des adultes. Cela passe d’abord par l’étreinte exercée par certains parents qui ont de bonnes intentions, mais de mauvaises méthodes. Une autre dimension importante du problème intergénérationnel dans le film est marquée par un manque d’informations sur ce que les adolescents vivent réellement. Le personnage du beau-père l’incarne bien en disant à un jeune qui s’est fait battre en pleine rue qu’il avait « vu un reportage sur le taxage à la télévision ». Ce problème peut relever d’une communication ou d’une sensibilisation déficiente sur certains sujets, soit par le désintérêt d’un parent (utilisant sa propre jeunesse comme référence universelle), soit par le refus adolescent à vouloir s’exprimer. Les deux cas sont bien exposés dans À l’ouest de Pluton.

Le film favorise l’improvisation dans la mise en scène, permettant aux personnages, jamais très loin des acteurs, d’offrir un résultat qui sème l’ambivalence entre la réalité et la fiction. À l’ouest de Pluton laisse apparaître des traces fictionnelles dans l’histoire autour de la fête, de la disparition et de la recherche du portrait de famille, symbole d’une union qui résisterait au vieillissement et aux séparations. Cependant, le long métrage brouille les pistes en préconisant la provocation de la narration et du personnage par un recours à l’improvisation. Le duo de cinéastes laisse également une place à l’intervention du hasard. C’est le cas avec une scène étalée au long du film dans laquelle un chien tente de se libérer de l’arbre auquel il est attaché en le rongeant, jusqu’à sa destruction. Métaphore de libération par la sauvagerie pouvant se rattacher à l’esprit de rébellion de la jeunesse, la cinéaste admet l’avoir aperçu et saisi sur le vif alors qu’elle venait sur les lieux pour filmer une scène de planche à roulettes.

Que ce soit dans sa conception ou ses aboutissements, À l’ouest de Pluton présentent des caractéristiques homogènes à l’âme du Cinéma direct, à l’instar de la place accordée au jeu impromptu des comédiens amateurs ou des non-acteurs, représentant une provocation du « vrai ». Avec des thématiques similaires telles que l’errance identitaire, la jeunesse ou les conflits de générations, Myriam Verreault et Henry Bernadet abordent de grands sujets au moyen de la bande de jeunes : le cosmos, le sens de la vie ou la recherche de soi. In fine,  À l’ouest de Pluton touche l’universel par l’intime.

 

Bande annonce originale :

Durée : 1h35m

Crédit photos : Les Films Séville

 

Vous en voulez plus? Lisez ici notre article sur Kuessipan de Myriam Verreault.

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.