Men : Allégorie sur des enjeux féministes actuels

Royaume-Uni, 2022
Note : ★★★★

La compagnie de production A24, experte dans le domaine de l’étrange et du suspense, nous offre une nouveauté exquise pour les amateurs d’horreur psychologique. Men (2022) du réalisateur Alex Garland connu pour ses succès Ex Machina (2014, on en parle ici) et Annihilation (2018), traite du séjour tumultueux d’Harper (Jessie Buckley), une femme tourmentée par une récente rupture amoureuse particulièrement difficile. Bien plus qu’un film à sursauts aux prises de vue bien léchées, l’œuvre de Garland remet en question les répercussions des traumatismes relationnels et des conceptions sociosexuelles du rôle de la femme en société, à travers une allégorie religieuse sur le mythe de la création catholique. Prenez-garde, car malgré son caractère moralisateur qui mène éventuellement à une réflexion féministe, le film comprend certaines images sanglantes et perturbantes qui risquent de s’ancrer dans votre imaginaire.

Le Fruit Défendu

La scène d’introduction met en place l’arrivée de la protagoniste dans un village isolé de la campagne anglaise. La charmante maison bucolique et le paysage forestier tapissé de petites fleurs sauvages contribuent à l’atmosphère paradisiaque de l’endroit : à première vue, c’est un véritable jardin d’Eden. En complète admiration devant la demeure, Harper croque dans une pomme fraîchement cueillie dans l’arbre surplombant la maison, sous le regard désapprobateur du locataire, Geoffrey (Rory Kinnear). Cette consommation du « fruit défendu » amorce le parallèle théologique avec le péché originel d’Adam et Ève qui perdurera tout au long du récit. Dans le mythe, croquer la pomme ou la grenade (selon les versions) est établi comme un acte répréhensible dont Ève serait la fautive. Cette accusation de la sexualité féminine comme jugée « dépravée » s’inscrit dans le déploiement du genre de l’horreur de Men, notamment dans la psychologie et les motivations de ses personnages masculins.

Les Hommes dans Men

Si Rory Kinnear joue initialement le rôle de Geoffrey, le gardien de la maison, c’est également lui qui interprète tous les autres hommes du village. En portant attention, le spectateur constate rapidement qu’il s’agit du seul et même acteur incarnant les personnages du prêtre, du policier, du jeune adolescent, du serveur, de l’ivrogne ainsi que de l’homme nu étrange (une référence à Adam) qui traque Harper depuis sa balade en forêt. Un choix audacieux prémédité de la part de Garland qui, en unissant les habitants sous un même visage, semble envoyer un message sur leurs intentions communes vis-à-vis de la jeune femme ou de la femme en général : l’isoler et la culpabiliser.

Les Souvenirs qui Nous Hantent

Au sein de Men, l’origine de la peur de la protagoniste se situe à plusieurs niveaux : dans le fait d’être scrutée et suivie par un homme inconnu qui tente de s’immiscer dans le cottage ; dans la condescendance des villageois qui ne la prennent pas au sérieux ; mais surtout, dans ses propres souvenirs. Sous forme de retours en arrière, des scènes éclairées d’une douce lueur orangée s’insèrent dans le récit par intermittence afin de laisser comprendre qu’Harper est surtout hantée par sa relation antérieure toxique et les évènements tragiques qui s’en sont suivis.

C’est ainsi que le réalisateur, en combinant une métaphore remplie de symbolismes religieux et une expérience sentimentale traumatisante, construit une mise en abyme intéressante sur l’impuissance de la femme face à la charge et la responsabilité émotionnelle qu’on lui impose depuis la nuit des temps. Le film soutient un propos politique intelligent, dans une ambiance sinistre et dérangeante au creux d’un panorama enchanteur : un mélange surprenant qui en vaut le détour.

Bande-annonce :

Durée : 1h40
Crédit photos : A24, DNA Films

 

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