88:88

Si on passe le choc de la démarche radicale, 88:88 offre un propos intriguant qui suscite la réflexion. ♥♥♥

Ça ne fait pas 5 secondes que nous sommes entrée dans 88 :88, nouvel ovni documentaire expérimental canadien gracieuseté de Isiah Medina, que nous sommes projeté instantanément dans une démarche brute, radicale et confrontante. Les images s’entrechoquent, les mots se brouillent et les coupes sont au couteau, aussi tranchantes qu’imprévisibles. Medina n’est pas ici pour faire dans le consensus, même au niveau du documentaire expérimental, mais une fois le choc passé, il amène à d’abord et avant tout à réfléchir, en utilisant ses propres moyens.

Dans le fouillis souvent dur à déchiffrer qu’est 88 :88, on discerne une constance chez Medina ; il filme les siens, sa génération, une génération ultra sollicitée et en perte de repère, car elle en a trop. Ses références sont les siennes, que ce soit un le genre urbain branché (casquette et barbichette), les clopes, l’argent, le sexe, le hip-hop, le langage parlé, McDonald ou Tim Horton… Il utilise des images fortes, une narration insolite et même quelques passages littéraires pour encadrer sa démarche formelle plutôt que l’inverse.

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Un bordel calculé

Toute comme les êtres de son film, Medina sollicite à outrance ses spectateurs avec un trop plein d’images et de sons. Il impose un style en symbiose avec son discours, mais beaucoup plus radical, et il nous confronte à notre réalité et à nos contradictions avec les multiples faux-raccords et la superposition d’image. Les moments plus tempérés au niveau formel permettent de placer le sujet dans l’esprit du spectateur et de diriger son expérience. Quand les expérimentations formelles reprennent le dessus, elles ramènent l’esprit du spectateur en état d’alerte et de réflexion, ce que Medina cherche avant tout dans 88 :88.

Sa démarche ne demeure pas moins radicale, voir rebutante, au premier abord ; les grésillements de micros mal branchés et les images de textos mal cadrés sont des processus réflexifs plus agaçants qu’originaux. Si la démarche est originale, la surenchère le guette à plusieurs reprises et les excès peuvent parfois trop marginaliser sa démarche pour en étendre sa portée à plus grande échelle. Tout de même, une fois le choc de la première émotion passée, la démarche de Medina a le mérite de tenter d’amener le documentaire ailleurs et de faire réfléchir intelligemment son spectateur, ce qui est déjà quelque chose.

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