1:54 – Cruel mais nécessaire

1:54 – Cruel mais nécessaire

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Le comédien et animateur d’émissions jeunesse Yan England frappe fort avec son premier long-métrage, 1:54, un film traitant d’intimidation avec, comme toile de fond, la compétition sportive. ♥♥♥½

Pour traiter de ce sujet chaud, le réalisateur raconte l’histoire de Tim, un adolescent de cinquième secondaire timide et réservé. Lui et son ami Francis sont intimidés à tous les jours depuis le début de leurs études secondaires. Un jour, c’en sera trop pour Francis qui commettra un acte désespéré, laissant Tim seul dans la jungle impitoyable qu’est la polyvalente. Tim, ayant toujours été doué pour la course à pied, décidera alors de s’inscrire à l’équipe d’athlétisme pour rivaliser avec Jeff, le champion de course et intimidateur en chef de l’école. Son but est de prendre la seule place disponible aux championnats nationaux de 800 mètres, la place tant convoitée par Jeff. Malheureusement, la cruauté de Jeff rendra la tâche de Tim difficile, voire impossible.

Une minute et cinquante-quatre secondes est le temps que Tim doit obtenir pour atteindre son objectif, d’où le titre du film. Il suppose une performance de niveau olympique. On s’attend donc à la classique histoire de l’athlète anonyme de qui on n’attend rien, qui finalement dépassera ses propres limites pour atteindre le sommet et battre un adversaire à qui on avait déjà prédit la victoire. England déjoue ce scénario stéréotypé pour parler de son véritable sujet : l’intimidation. La course à pied n’est finalement qu’un prétexte pour aborder un enjeu plus significatif aux yeux du réalisateur.

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Jamais le phénomène de l’intimidation n’aura été présenté aussi puissamment dans le cinéma québécois. Le film nous rentre dedans de manière très forte. On pourrait reprocher à England le caractère excessif de son film. On pourrait dire qu’il ne présente pas  l’intimidation dans ses subtilités ou qu’il ne porte aucun message d’espoir. Il aurait pu suggérer par exemple que la vie peut s’améliorer après le secondaire. Non. England veut vraiment montrer les répercussions de l’intimidation dans toute leur horreur. C’est le parti-pris qu’il assume : il voulait faire un film coup de poing, aller dans l’extrême, frapper fort, pour être sûr que son message passe. Le résultat est là : le spectateur sort du film secoué, ébranlé, comme s’il venait de manger une grande claque en plein visage.

Le public cible du film est avant tout les jeunes. Yan England a fait un très bon travail pour les interpeller sur un sujet aussi grave. Plusieurs documentaires ou reportages sont déjà présentés dans les écoles secondaires dans un effort de sensibilisation. On serait tenté de croire que 1:54 a ce qu’il faut pour avoir un impact plus puissant. En créant une œuvre de fiction aux apparences classiques et divertissantes, England permet une identification. Il arrive à soutenir l’attention et à créer un intérêt  plus qu’un simple reportage ne pourrait le faire auprès des jeunes. Les commissions scolaires auraient donc avantage à présenter ce film dans toutes les écoles de la province.

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Cette identification du jeune spectateur se fait aussi grâce au casting du film. D’abord, les acteurs offrent de très bonnes performances. Antoine-Olivier Pilon prouve son talent dans un rôle déchirant de jeune intimidé en plein questionnement d’identité et Lou-Pascal Tremblay (sorti de son rôle de charmant dans Aurelie Laflamme) est absolument détestable, sans jamais être risible, dans son rôle de méchant intimidateur. En plus de leur talent, les acteurs du film sont surtout des idoles pour la jeunesse québécoise. Ils sont très populaires, notamment sur les réseaux sociaux où ils comptent chacun plusieurs milliers d’abonnés. Il est donc très positif que les jeunes voient leurs idoles associées à un film qui dénonce l’intimidation.

Bien que le film soit habilement réalisé, avec une intrigue et un suspense assez prenants, c’est finalement son côté pédagogique qui est le plus intéressant. 1:54 est une œuvre dotée d’un grand pouvoir de sensibilisation. En sortant de la salle, le spectateur ne peut rester de glace face au phénomène auquel il vient d’assister. Le film expose une réalité très dure et pousse forcément à la réflexion. Il révèle en outre le rôle néfaste de l’internet et des réseaux sociaux dans l’intimidation, un aspect qui surprendra et choquera un public plus âgé. Il est évident que le film suscitera beaucoup de discussions et en ce sens, c’est une mission accomplie pour Yan England.

Le film est à l’affiche un peu partout au Québec depuis jeudi le 13 octobre.

Auteur: Jules Couturier

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Fondée en 2012, Cinémaniak est une revue de cinéma exclusivement web qui s’est donnée comme mission de promouvoir le septième art sur le continent nord-américain. Notre mission est de donner la parole à des passionnés de cinéma capables de rendre accessible l’art qu’ils affectionnent.
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Jules Couturier Entre Jules Couturier et le septième art, c’est une histoire qui dure depuis toujours. Du plus loin qu’il se rappelle, le cinéma l’a toujours fasciné. La critique de cinéma est un prolongement de son discours intérieur. Ouvert à différents genres, il a toutefois une préférence pour les œuvres présentant des personnages issus de cultures marginales, rebelles, des personnages en transformation, confrontés à des expériences initiatiques, animés d’une révolte ou d’un désir de dépassement. Il est adepte d’un cinéma de l’espoir, pourrait-on dire, qui enrichit la réflexion sur la condition humaine sans sacrifier pour autant au plaisir ou au divertissement. Il complète actuellement des études universitaires en écriture de scénario et en création littéraire. Objectif : entretenir sa flamme pour le cinéma.

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