Initiation et effacement de soi  ♥♥♥

Erika (Ayame Misaki), est abandonnée, enceinte, par son amour de jeunesse. Sans argent, elle doit trouver de l’argent rapidement pour pouvoir avorter. Elle devient alors une hôtesse et est happée    par ce monde de la nuit. À Ōmiya (quartier nord du grand Tokyo), elle devient Hitomi, avant de devenir la fameuse Kurumi à Kabukicho (quartier chaud le plus célèbre de Tokyo).  

Cette adaptation du best-seller semi-autobiographie de Kurumi Tachibana propose une trajectoire initiatique sur le thème : Qu’est-ce que le bonheur et jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour le rechercher ? Obligée de trouver de l’argent rapidement, Erika accepte de travailler dans un bar à hôtesses. Mais cette plongée (à l’origine temporaire) dans le monde de la nuit, des apparences et de l’argent facile marque pour elle la perte de l’innocence et peu à peu, comme une vengeance sur la vie et une punition qu’elle s’inflige, elle s’oublie dans une compétition qu’elle livre aux autres et à elle-même : devenir l’hôtesse numéro 1, quelque soient ses renoncements. À chaque nouvelle étape, de nouvelles concurrentes la poussent à aller plus loin encore dans ses retranchements en s’oubliant et en se vidant de son humanité pour ne devenir plus qu’une jolie poupée misanthrope, sans âme et sans remords. Mais chaque médaille a son revers et, lancée dans cette course à la renommée, elle ne peut plus s’arrêter sans risquer de tout perdre. La photographie, élégante, colle au thème du film, clinquante dans les bars et claire et surexposée dans les rêveries introspectives d’Érika. Le glamour et le chic des décors sont contrebalancés par la vacuité des rapports humains tarifés, la peur et la solitude derrière chaque visage fardé («le maquillage est une armure»). Il est intéressant de voir la première œuvre d’une réalisatrice (Izumi Ohtomi), entourée majoritairement de femmes (productrice, casting, photographie), signer une charge violente sur le monde de la nuit et sur la perte de sens d’une société s’oubliant dans la luxure et la superficialité. Sans être révolutionnaire dans la forme ou sur le fond et même si les personnages secondaires sont traités un peu rapidement, le film est sans concession et nous en apprend davantage sur la face sombre d’un des quartiers les plus animés de Tokyo.

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